Séance de bronzage grivoise composée à partir de collage de bouts de tissus et de feutrines.
Hommos, sexe, Johnny Walker, Kent, taboulé, Nancy Ajram, guerre des hôtels, Valium, attentats à la voiture piégée... Au premier abord, tous ces éléments, traduits en ces codes visuels, déstabilisent, donnent le vertige. Le voyeur tente de trouver un lien commun. Et si, outre la fumée, dont les volutes tourbillonnent un peu partout, il était question là de la femme et de l'objet de consommation (qui incarnent tous les deux le désir, le plaisir) ?
Il n'y a pas de fumée sans feu, dit-on. Et si le feu qui consume l'artiste était celui de la nostalgie? Nostalgie d'une ville qu'elle a quitté à 18 ans pour suivre des études d'art graphique à l'atelier Met de Penninghen. Installée depuis à Paris, où elle a fondé une famille et où elle a réussi à faire décoller une carrière qui est passée à la quatrième vitesse, elle revient passer quelques étés au Liban. Mais reste, de son propre aveu, nostalgique de son adolescence à Beyrouth. Elle annonce d'ailleurs la prochaine publication d'un livre qui traite des années 75-79, entre mémoires personnelles et souvenirs collectifs, illustrés par 200 dessins.
Second degré
L'artiste, formée aux techniques publicitaires, fonde son œuvre sur les images ou les objets produits par la culture de masse. À l'instar des pop artistes, loin de tout lyrisme, d'envolées métaphysiques, ou de tout combat et d'autres inquiétudes, Lamia Ziadé préfère la représentation d'objets de consommation courante, la distanciation, l'ironie, acceptant - sous forme de constat - la trivialité de la «Lebanese Way of Life» ou encore de la «Modern Way of Life » puisque la dimension universelle de son œuvre est indéniable. Mais attention! Toute intention de satire et de parodie est exclue. Ziadé ne veut ni raconter des histoires ni commenter la réalité sociale. Elle ne se présente pas comme une révolutionnaire. Ses tableaux en relief sont «un concentré d'intime, du pur fantasme capturé sur toile». Ces séquences érotiques représentent des femmes languissantes, jambes écartées, parties intimes offertes, ou poitrine pointant en rouge carmin. Choquantes, troublantes ou amusantes, c'est selon les dispositions du voyeur. Dans une autre série, Ziadé se penche sur la cigarette. Sur les moments de plaisirs qui partent en fumée ?
L'art de Ziadé, par son côté choquant et ludique, est teinté de réalisme. De culture. Une culture propre à la société de consommation. C'est sur le mode de l'ironie, comme le donne à entendre la définition du peintre anglais Hamilton de sa production artistique: «Populaire, éphémère, jetable, bon marché, produite en masse, spirituelle, sexy, pleine d'astuces, fascinante et qui rapporte gros.»
Ziadé revendique sans hésitation sa filiation avec ce mouvement : «C'est avec un esprit "pop", dans un style qu'on peut qualifier de néo-pop que j'exprime et cultive l'ambiguïté.»
Son art met sous la lampe certains objets d'aujourd'hui. Des objets kitsch, justement, avec lesquels, comme tous les pop artistes, elle établit le diagnostic sismographique de son époque. Mais Lamia Ziadé ne désespère pas de ses contemporains, elle les observe même avec une tendresse contagieuse. Nul doute que voici une manière nouvelle de pratiquer l'esprit pop et, qui sait, de le dépasser au contraire, dans la mesure où il suggère beaucoup en montrant peu.
Cela dit, la mélancolie n'est jamais loin. Toutefois, l'artiste garde la politesse extrême de nous en dispenser. Et quand elle a le blues, c'est à ses ersatz de reines ou de vamps qu'elle fait pousser des cris muets de plaisir. À défaut de leur faire verser des pleurs...


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