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Liban - Exécutif

Hariri : Je m’engage à travailler dur

Aussitôt le nouveau gouvernement officiellement annoncé, Saad Hariri a prononcé hier soir au palais de Baabda son premier discours de Premier ministre en charge.

Le patriarche maronite saluant M. Hariri.

D'entrée de jeu, le chef du gouvernement a posé sans ambages l'ambition maîtresse de sa fraîche équipe âprement montée pièce par pièce : réussir là où tous les cabinets précédents qui avaient le label d'« entente nationale » avaient échoué. Il s'agit à ses yeux de consacrer cette entente dans les faits et de redonner du lustre à l'État libanais et à ses institutions.
Dans un discours pourtant relativement bref, M. Hariri a évoqué de nombreux chantiers pour son gouvernement, à commencer par la volonté d'une application intégrale des dispositions de l'accord de Taëf et une campagne de modernisation de l'administration. Il a aussi survolé la relance de l'économie et le traitement du problème de la dette publique, ainsi que la lutte contre la corruption.
Évitant soigneusement les sujets litigieux, il a délibérément cherché à donner l'impression que la mosaïque gouvernementale pouvait réellement réussir son pari, tout en mettant en garde avec une pointe de sévérité contre toute tentation de revenir aux démons du passé, c'est-à-dire de faire de la table du Conseil des ministres une arène pour les tiraillements politiques et un moyen pour saboter le règne de la Constitution et des lois.
Saad Hariri a terminé son discours en annonçant qu'il avait beaucoup à faire, mais qu'en même temps, il ne voulait pas contracter de « promesses en l'air ».
Il s'est engagé simplement à « travailler dur » et à coopérer avec « tout le monde ».
Voici le texte quasi intégral du discours de M. Hariri :
« Enfin ! Le gouvernement d'entente nationale est né. Nous venons de tourner une page à laquelle nous ne voudrions pas revenir, et nous avons ouvert une autre qui, nous le souhaitons, sera celle de l'entente et de l'action au service du Liban.
« Ce gouvernement est à l'image du Liban actuel. Aux yeux de certains, c'est une image qui reflète les divisions confessionnelles et politiques. Mais il faudrait que nous prouvions au monde entier qu'aux yeux des Libanais, c'est l'image réaliste de la véritable entente nationale.
« D'emblée, je voudrais être franc avec tout le monde. Ou bien ce gouvernement sera l'occasion pour le Liban de renouveler la confiance dans l'État et ses institutions, ce qui nous permettrait d'offrir par son biais un modèle du succès du concept d'entente nationale dans la gestion des affaires du pays, ou bien il verra la réédition par les Libanais de leur échec dans la réalisation de l'entente.
« L'entente signifie la coopération, la coordination et la participation. Elle signifie aussi que l'on fera en sorte que le Conseil des ministres soit un pouvoir exécutif réel et efficace, responsable de la gestion des affaires du pays et de la prise en charge des conditions de vie des Libanais, et non pas une arène pour les tiraillements politiques ou un moyen pour saboter le recours à la Constitution et aux lois.
« L'entente signifie aussi le sacrifice, la modestie, l'abandon des intérêts personnels et la recherche de l'intérêt national par-delà toute considération partisane ou confessionnelle.
« Je sais très bien que les expériences des années écoulées ne sont pas très encourageantes et que le Liban a supporté davantage que ce qu'auraient pu supporter de grands États. De l'assassinat de Rafic Hariri et de la vague de meurtres jusqu'à la guerre israélienne, puis le feuilleton des crises sécuritaires et politiques que le pays a traversées, le Liban a failli sombrer dans l'inconnu. Mais la foi en Dieu est très profonde.
« Comme sont très grandes aussi la patience et la capacité de résistance et d'adaptation du peuple libanais. C'est pour cela que le Liban ne s'est pas effondré et que nous avons pu vaincre la discorde, comme nous avons vaincu la guerre israélienne. Et ayant décidé de réhabiliter les institutions constitutionnelles, nous avons offert à notre pays la chance de pouvoir redécoller.
« Aujourd'hui, nous sommes face à un test national par excellence. J'ai grande confiance dans la capacité de ce gouvernement de mener ce test et de le réussir. Car ce gouvernement vient consacrer et proclamer le succès de l'expérience libanaise en matière de coexistence et d'entente nationale. Il est là pour affirmer sa capacité à affronter les défis, quels qu'ils soient, et pour certifier que le respect de l'État, de la Constitution et des lois est le chemin que doivent prendre les Libanais pour leur salut et pour en finir avec l'ère de l'anarchie, de l'émigration et de la dépendance à l'égard de l'extérieur.
« Nous voulons un gouvernement qui agisse au service du Liban sans se noyer dans la gestion des crises ; un gouvernement qui s'attaque à nos problèmes économiques et au traitement de la dette publique avec courage et sens des responsabilités ; un gouvernement qui place en tête de ses priorités le lancement d'un grand chantier législatif ouvrant la voie à une modernisation et un développement de l'administration, et stoppant le gaspillage et la corruption.
« Un gouvernement qui se montre strict dans l'engagement à respecter l'accord de Taëf et qui agit dans l'objectif de mettre en application toutes ses dispositions.
« Un gouvernement uni pour affronter les menaces israéliennes et pour affirmer le droit du Liban à récupérer son territoire et à protéger sa souveraineté nationale.
« Un gouvernement qui tend la main pour coopérer avec les frères arabes et participer aux efforts en vue de la réconciliation interarabe, et qui réhabilite le rôle du Liban dans son environnement arabe et dans le monde.
« Les thèmes de la phase qui s'ouvre sont nombreux et les questions qui préoccupent les citoyens sur tous les plans sont connues. Toutes auront leur place dans la déclaration ministérielle.
« Je ne veux pas lancer des promesses en l'air. Je m'engage seulement à travailler dur, à coopérer avec tout le monde et à ouvrir la voie au renouvellement de la confiance dans le Liban et dans son rôle. »

Sfeir, « conscience du Liban »
À son retour à Koraytem, le nouveau Premier ministre a tenu une réunion de travail avec quelques-uns des membres du gouvernement naissant, Adnane Kassar, Jean Oghassabian, Raya Haffar, Hassan Mneimné et Mohammad Rahhal, en présence du secrétaire général du Conseil des ministres, Souheil Bougi.
Auparavant, il avait fait un crochet par le centre-ville pour se recueillir et prier au mausolée de Rafic Hariri.
Dans la journée, M. Hariri s'était rendu chez le chef du CPL, le général Michel Aoun, qui lui a transmis les noms des ministres relevant du Bloc du changement et de la réforme, ainsi que chez le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir.
Sollicité par la presse à sa sortie de Bkerké, M. Hariri s'est contenté de dire : « Le patriarche est la conscience du Liban. Nous écoutons toujours ses conseils. C'est un homme sage. »
Le Premier ministre devait également avoir des entretiens avec plusieurs piliers de la majorité, et notamment avec l'ancien président, Amine Gemayel. Il s'est rendu en début de soirée au palais de Baabda, rejoint aussitôt par le président de la Chambre, Nabih Berry, pour finaliser avec le chef de l'État, Michel Sleiman, la composition du gouvernement.
D'entrée de jeu, le chef du gouvernement a posé sans ambages l'ambition maîtresse de sa fraîche équipe âprement montée pièce par pièce : réussir là où tous les cabinets précédents qui avaient le label d'« entente nationale » avaient échoué. Il s'agit à ses yeux de consacrer cette entente dans les faits et de redonner du lustre à l'État libanais et à ses institutions.Dans un discours pourtant relativement bref, M. Hariri a évoqué de nombreux chantiers pour son gouvernement, à commencer par la volonté d'une application intégrale des dispositions de l'accord de Taëf et une campagne de modernisation de l'administration. Il a aussi...
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