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Moyen Orient et Monde

De nouveaux murs à abattre !

Par Mikhaïl Gorbatchev*

* Dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev a reçu en 1990 le prix Nobel de la paix pour son rôle-clé dans la conclusion pacifique de la guerre froide. En tant que président fondateur de la Croix verte internationale, il est aujourd’hui à la tête d’un groupe de travail international sur le changement climatique.

Le peuple allemand et à ses côtés l'ensemble de la planète célèbrent une date historique, le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Peu d'événements s'inscrivent dans la mémoire collective comme marquant le passage d'une époque à une autre. Le démantèlement du mur de Berlin, ce symbole matériel brut de la division du monde en deux camps hostiles, est l'un de ces moments.
La chute du mur a été porteuse d'espoir partout dans le monde et elle a donné une tonalité heureuse à la fin des années 1980. C'est quelque chose à considérer au moment où la décennie touche à sa fin, au moment où l'occasion pour l'humanité d'accomplir un nouveau grand pas en avant s'éclipse. Le chemin qui a permis de mettre un terme à la guerre froide n'a pas été facile, et sur le moment, il a parfois été critiqué. C'est pour cela que son enseignement reste d'actualité. Dans les années 1980, le monde s'est trouvé à un carrefour historique. La course aux armements entre l'Est et l'Ouest avait créé une situation explosive, la dissuasion nucléaire aurait pu échouer à tout moment. Nous courions au désastre tout en réprimant les velléités de créativité et les tentatives de développement.
Aujourd'hui, une autre menace plane sur le monde. La crise climatique constitue le nouveau mur qui nous sépare du futur. Les dirigeants actuels n'ont pas pris la mesure de son urgence et de son échelle potentiellement catastrophique. La menace du réchauffement climatique donne toute son actualité à l'aphorisme prophétique selon lequel « l'humanité va se battre pour la paix jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien sur la planète ». Les analogies avec la période précédant la chute du mur de Berlin sont frappantes.
De même qu'il y a 20 ans, nous sommes confrontés à un danger global qui menace notre sécurité et notre existence même - une menace à laquelle aucun pays ne peut faire face à lui tout seul. Maintenant aussi, c'est la population qui appelle au changement. De même qu'il y a 20 ans le peuple allemand affirmait sa volonté de réunification, les citoyens du monde demandent aujourd'hui que des mesures soient prises pour faire face au réchauffement climatique et corriger les injustices qui l'accompagnent. Il y a 20 ans, les principaux dirigeants de la planète ont fait preuve de résolution, et malgré une forte opposition et une immense pression, le mur est tombé. Il reste à voir si les dirigeants d'aujourd'hui afficheront la même volonté.
Faire face au réchauffement climatique exige un changement de paradigme d'une échelle comparable à celui qui a été nécessaire pour mettre fin à la guerre froide. Il faut un renversement de perspective pour sortir du train-train qui domine la vie politique au quotidien. C'est la transformation liée à la perestroïka et à la glasnost qui a permis le saut quantique vers la liberté en Union soviétique et en Europe de l'Est, et ouvert la voie à une révolution démocratique salvatrice. Le réchauffement climatique est un phénomène complexe auquel se rattachent nombre d'autres défis, il exige une remise en question de même ampleur de nos valeurs et de nos priorités. Ce n'est pas un mur qui se dresse devant nous, mais plusieurs : le mur entre les pays industrialisés et ceux qui ne veulent pas freiner leur développement économique, le mur entre ceux qui sont à l'origine du réchauffement climatique et ceux qui sont victimes de ses conséquences, le mur entre ceux qui donnent la priorité aux réalités scientifiques et ceux qui donnent la priorité à des intérêts particuliers. Et il y a aussi le mur qui sépare les citoyens qui changent de comportement et veulent une action forte au niveau international, et les dirigeants qui jusqu'à présent n'y prêtent guère attention.
En 1989, des changements incroyables ont eu lieu, alors qu'ils paraissaient impossibles seulement quelques années auparavant. Cela n'a pas été l'effet du hasard. Ces changements reflétaient l'espoir du moment, espoir auquel les dirigeants ont répondu. Nous avons fait tomber le mur de Berlin avec l'idée que les générations à venir feraient face ensemble aux défis qui se poseraient. Aujourd'hui, considérant l'énorme fossé entre riches et pauvres, l'irresponsabilité à l'origine de la crise financière mondiale, et les mesures minimalistes et non coordonnées face au réchauffement climatique, je ressens de l'amertume. On a pratiquement laissé passer l'occasion de construire un monde plus sûr, plus équitable et plus solidaire.
Pour faire écho à l'appel de mon ancien ami et adversaire, feu le président Reagan, voici ce que je dis à MM. Obama, Hu, Singh, et en me tournant vers Berlin, à Mme Merkel et aux autres dirigeants européens : « Abattez ce mur ! » Car c'est votre mur, c'est votre moment-clé, vous ne pouvez pas esquiver l'appel de l'histoire. J'appelle les chefs d'État et de gouvernement à venir en personne à la conférence sur le réchauffement climatique à Copenhague en décembre pour abattre ce nouveau mur. Les peuples du monde comptent sur vous. Ne les décevez pas !

© Project Syndicate, 2009. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.

Le peuple allemand et à ses côtés l'ensemble de la planète célèbrent une date historique, le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Peu d'événements s'inscrivent dans la mémoire collective comme marquant le passage d'une époque à une autre. Le démantèlement du mur de Berlin, ce symbole matériel brut de la division du monde en deux camps hostiles, est l'un de ces moments.La chute du mur a été porteuse d'espoir partout dans le monde et elle a donné une tonalité heureuse à la fin des années 1980. C'est quelque chose à considérer au moment où la décennie touche à sa fin, au moment où l'occasion pour l'humanité d'accomplir un nouveau grand pas en...
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