Retour à la naissance du gouvernement. L'annonce de l'heureux événement, affirment toutes les parties, est imminente. Par les parents libanais, comme le veut l'usage, et non par cette clinique d'accouchement située extra-muros. Car, après 133 jours de gestation, le nouveau cabinet libanais reste principalement le fruit du forcing et du forceps syriens. Résultant lui-même d'un arrangement avec l'Arabie saoudite et qui s'étend aux puissances occidentales. Tandis que l'Iran, jusque-là réfractaire, semble se résigner, nucléaire et menaces afférentes obligent...
De fait, démentant le scepticisme manifesté à l'égard de ses intentions par nombre de loyalistes, la Syrie a donné, dans la dernière ligne droite, un sérieux coup de collier et de main. Le député Sleimane Frangié, particulièrement proche de Damas, a mené une mission de conciliation efficace. En y mettant du sien puisqu'il a accepté de se contenter pour lui-même d'un ministère d'État, donc sans portefeuille. D'après des sources fiables, Damas a relancé de son côté les pôles de l'opposition pour les presser de bien prêter l'oreille aux compromis proposés par Sleimane Frangié, et à s'inspirer de son exemple, sur la voie des concessions.
De leur côté, des députés de la majorité ont appris que les concertations extérieures relatives à la crise libanaise s'étaient beaucoup intensifiées ces derniers jours, avec appel du pied aux parties locales concernées. Ainsi, et toujours selon ces parlementaires, nombre de cadres du CPL se sont rendus récemment à Damas. Pour y présenter leurs condoléances, à la suite de deuils familiaux, à la ministre Boutheyna Chaabane, mais surtout au général Ali Mamlouk, chef des SR et officier traitant, c'est le mot, du dossier libanais. Il est évident que lors de ces contacts protocolaires ou de rencontres en marge avec d'autres responsables, les entretiens ont porté sur la formation du nouveau gouvernement libanais. Idem pour le trio Gébran Bassil, Karim Pakradouni et Michel Samaha, précédés à Damas par des délégations du Hezbollah et du mouvement Amal.
Ils ont tous entendu leurs interlocuteurs répéter que Damas souhaite fermement l'accélération du processus ministériel. Les Syriens ont insisté : il est dangereux autant que préjudiciable de laisser le vide institutionnel s'éterniser. Et ils auraient été jusqu'à fixer une date limite : le 13 du mois en cours. C'est-à-dire avant que le président Bachar el-Assad ne se rende à Paris auprès du président Nicolas Sarkozy, à qui il avait promis d'aider à dégager le Liban de sa crise.
En somme, et à tout prendre, les Syriens, tout comme Saad Hariri, laissent entendre qu'ils craignent qu'Israël ne mette à profit le vide gouvernemental libanais pour frapper le Sud. En prenant prétexte des roquettes et des explosions dans des magasins d'armes du Hezbollah situés en zone prohibée par la 1701. On sait qu'Israël a porté plainte à ce sujet devant l'ONU.
Mais, car il y a un mais de poids et de taille, le précédent des désillusions antérieures donne à réfléchir. On sait en effet qu'il y a quelques jours, avant les sorties revendicatrices du général Aoun, on prédisait également que le gouvernement verrait le jour sous 48 heures. Il n'en a évidemment rien été, et l'on est même retourné à moins que zéro. Les opposants expliquant que les considérations, et les contractions, internes pèsent naturellement plus sur la scène locale que les stimulations externes. Surtout, peut-on relever, quand elles se rejoignent. Comme c'était le cas, tout récemment, pour la position de retardement iranienne et les relances du général Aoun soutenues par le Hezbollah pro-iranien. Dont il faut donc se demander ce qu'il va faire. Sinon maintenant, du moins après, car le tout, ce n'est pas d'installer un gouvernement, c'est de le faire vivre et travailler.
Toujours est-il que les opposants ont imputé le blocage à leurs adversaires. Notamment aux chrétiens du 14 Mars, ulcérés, à en croire les prosyriens, de voir Hariri accorder autant d'importance au général Michel Aoun. Cela étant, Hariri avait fait savoir que si le leader du CPL veut, en prime, un ministère de services, il n'a qu'à puiser dans l'escarcelle de ses alliés car la majorité et les centristes ne sont pas supposés lui en faire cadeau. De fait, Aoun a décroché le portefeuille de l'Industrie, initialement réservé à Berry qui a eu la Culture en contrepartie.

