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Moyen Orient et Monde - Le Billet

La prose des marchés

L'on imagine un monde froid et austère, peuplé d'hommes affichant une mâchoire carrée au-dessus d'un complet anthracite. Des hommes qui donnent des ordres d'achat et de vente via leur Blackberry dans des salles de marché éclairées par une litanie de chiffres et de symboles défilant sans répit sur des écrans digitaux. On l'imagine dur et âpre, le marché des « MP », Métaux Précieux et autres Matières Premières. Et pourtant, dans les nervures et interstices des rapports et autres bilans, se nichent des pépites poétiques.
Crise économique et financière mondiale oblige, on assiste, depuis quelques mois, à une véritable ruée vers l'or. Face à l'imprévisibilité du monde, l'or est redevenu une valeur sûre, un refuge, y compris pour les épargnants européens et américains qui se croyaient au-dessus du métal jaune et lui préféraient l'or noir.
Dans la traînée de l'or, l'argent attend son heure, de gloire si possible. C'est que l'argent, depuis un certain temps, est victime d'une malédiction due à son extraction. Arraché à la roche en même temps que d'autres métaux plus ou moins précieux, l'argent est plus abondant que les autres dans les filons miniers, et ne vaut donc pas son pesant d'or. Ce qui ne fait pas le bonheur de l'argent, alors que ce dernier y contribue. Autre problème, avec l'avènement du numérique, l'argent, prince de la photo argentique, a aussi pris du plomb dans l'aile. Extraction, évolution photographique... autant de soucis qui minent l'argent, conscient qu'il est de n'être que l'or du pauvre.
Mais l'argent est décidé à croiser le fer avec l'or. Grâce aux nouveaux débouchés qui se profilent - l'argent entre dans la fabrication des panneaux solaires ; l'agent permet de lutter contre les mauvaises odeurs, lui qui n'en a pas ; l'argent a des propriétés bactéricides -, l'on peut prévoir que l'argent retrouve sous peu un moral d'acier. Le tout étant de ne pas traîner, car le temps, c'est de l'argent.
Si l'argent est abondant, c'est également de blé que certaines parties du monde sont submergées. Extensivement cultivé en certains champs de la planète, le blé est de plus en plus stocké. Et ce, parfois, contre une éthique fantasmée de marché. Ainsi en Europe, les producteurs retiennent leur blé pour voir les prix augmenter et se faire, par la même, un peu plus d'oseille.
Et le coton dans tout ça, file-t-il doux ? Pas sûr. Aux États-Unis, trop arrosé par d'abondantes pluies, le coton, imbibé, laisse à désirer.
Dans toutes ces histoires de marché, un petit nouveau devrait bientôt faire son entrée : le lait. En France du moins. L'opérateur de la Bourse de Paris prévoit de lancer en 2010 trois contrats à terme sur des produits laitiers : le beurre, la poudre de lait et le lactosérum. L'objectif de cette introduction de la motte en Bourse ? Lutter contre la volatilité des prix du liquide blanc.
A priori, ce nouveau marché ne devrait pas être la vache à lait des courtiers. Aux États-Unis, où l'on échange à tour de bras tout et n'importe quoi, et où les carcasses de porcs font l'objet de contrats, ce marché du lait reste local car n'ayant qu'un brassage limité.
Pas suffisant, néanmoins, pour démoraliser les spéculateurs qui chercheront, à n'en pas douter, à y récolter le beurre et l'argent du beurre.
L'on imagine un monde froid et austère, peuplé d'hommes affichant une mâchoire carrée au-dessus d'un complet anthracite. Des hommes qui donnent des ordres d'achat et de vente via leur Blackberry dans des salles de marché éclairées par une litanie de chiffres et de symboles défilant sans répit sur des écrans digitaux. On l'imagine dur et âpre, le marché des « MP », Métaux Précieux et autres Matières Premières. Et pourtant, dans les nervures et interstices des rapports et autres bilans, se nichent des pépites poétiques.Crise économique et financière mondiale oblige, on assiste, depuis quelques mois, à une véritable ruée vers l'or. Face à...
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