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Culture - Design

Les codes persans de Reza Abedini

À l'invitation de l'ambassade d'Espagne et du département d'architecture et de design de l'AUB, Reza Abedini, porte-parole emblématique de la brillante scène graphique iranienne actuelle, a donné une conférence et animé un workshop à l'Université américaine de Beyrouth.
Un rebelle, Reza Abedini? Il n'en donne en tout cas pas l'impression. Sa révolution graphique, il l'a creusée en douceur. En moulant, triturant les arabesques avec souplesse, en y mêlant avec beaucoup de style et une grande classe les préceptes modernes du design graphique.
Précurseur, alors, Reza Abedini? Sans aucun doute. Mais l'Iranien aux yeux transparents, à la barbe (plus que) fournie et au sourire avenant précise d'emblée, que si son œuvre porte un caractère universel (c'est-à-dire compréhensible et sensible par la grande majorité des Terriens), elle ne s'inscrit pas du tout dans un courant de globalisation culturelle, synonyme d'uniformisation et de standardisation. L'accomplissement de Abedini se résumerait alors à avoir réussi à amener l'Occident à découvrir la culture calligraphique de ses origines.
Après avoir entrepris des études de graphic design à l'Université de Téhéran, Abedini s'est forgé une réputation locale puis internationale, devenant le chouchou des milieux culturels européens, notamment français. Il est connu pour travailler essentiellement dans le domaine culturel, pour conserver sa liberté graphique. Dans son œuvre, aucune trace de provocation, pas de slogans, nulle formule au service d'une cause, quelle qu'elle soit.
À travers des centaines de photographies projetées sur grand écran, Reza Abedini a commenté son travail, expliquant son procédé créatif, dévoilant ses sources d'inspiration. Ou comment il joue habilement des codes persans et occidentaux, puisant dans la riche histoire calligraphique iranienne. Ce travail novateur a d'ailleurs été récompensé par la fondation néerlandaise Prince Klaus. Reza Abedini a conçu de nombreux logos et est notamment l'auteur d'identités graphiques telles que celle du Théâtre de Téhéran, de la revue de cinéma documentaire Haqiqat ainsi que de nombreuses affiches pour des dessinateurs, peintres et poètes.
Membre de l'Alliance graphique internationale, enseignant son amour de la culture iranienne aux étudiants de design graphique de l'Université de Téhéran, il travaille de préférence les couleurs sourdes, terreuses, «qui ne sont pas sans rappeler les constructions de terre séchée qui font toute la beauté de certaines villes iraniennes», dit-il entre deux gorgées d'eau minérale.
Les affiches de Abedini se succèdent sans se ressembler. Mais son style est reconnaissable partout. Les visuels foisonnent de codes personnels. Le langage secret de l'artiste se décline sous forme d'amalgames d'écritures rappelant les modes de composition des poèmes classiques perses, sa gamme colorée (couleurs sourdes et subtiles) et son papier kraft rappellent les architectures de terre séchée d'Ispahan; ses blocs de texte, ses silhouettes sont inspirés des héritages remaniés de manuscrits anciens, de contrats de mariage. Déstructuration, découpages, petites et grandes polices, pleins et vides, Reza Abedini affectionne les ombres, et les postures de ses personnages sont souvent inspirées des photographies de portraits du XIXe siècle. Il se met d'ailleurs souvent en scène. S'adressant aux étudiants, il les invite à fouiller dans leur patrimoine pour y dénicher la meilleure identité graphique. «Ne vous perdez pas dans les détails, intéressez-vous d'abord à la forme. Le reste suivra avec le temps et l'expérience», conclut-il avec l'air d'un maître soufi faisant à ses disciples l'éloge de la patience.
Malgré toutes ses recherches abstraites et conceptuelles dont il a présenté ce jour-là une partie infime, l'œuvre de Reza Abedini reste abordable et universelle. C'est sans doute là la particularité des grands.
Un rebelle, Reza Abedini? Il n'en donne en tout cas pas l'impression. Sa révolution graphique, il l'a creusée en douceur. En moulant, triturant les arabesques avec souplesse, en y mêlant avec beaucoup de style et une grande classe les préceptes modernes du design graphique. Précurseur, alors, Reza Abedini? Sans aucun doute. Mais l'Iranien aux yeux transparents, à la barbe (plus que) fournie et au sourire avenant précise d'emblée, que si son œuvre porte un caractère universel (c'est-à-dire compréhensible et sensible par la grande majorité des Terriens), elle ne s'inscrit pas du tout dans un courant de globalisation culturelle, synonyme d'uniformisation et de standardisation. L'accomplissement de Abedini se résumerait alors à avoir...
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