Respecter la vie privée de l'enfant et protéger son image est l'une des remarques qui ont découlé des premières interventions. À partir de la controverse créée par le reportage montrant en direct la mort du petit Mohammad Dorra, palestinien de 12 ans tué par les balles israéliennes alors que son père tentait de le protéger, un débat a fusé sur les images à montrer ou à ne pas montrer. Une journaliste a ainsi dénoncé le reportage réalisé par une chaîne de télévision diffusant l'image d'une enfant victime de viol, témoignant à visage découvert et portant son bébé. La journaliste égyptienne de la BBC, Azza Mohieddine, a également dénoncé un reportage télévisé qui montrait en direct et en gros plan le visage souffrant d'une fillette égyptienne durant son excision. Des images qui risquent fort de porter préjudice aux deux jeunes victimes. De même, l'accent a été mis sur la nécessité de protéger l'image de l'enfance handicapée ou défavorisée, donc sur l'importance de ne pas utiliser l'image des enfants pour récolter des dons au profit d'une association, d'un hôpital ou pour faire passer des messages en faveur d'une partie. Par ailleurs, une représentante de l'Unicef dans les territoires palestiniens a lancé un appel aux journalistes, leur demandant de ne pas colporter une fausse image des enfants palestiniens. « Une petite minorité d'enfants palestiniens sont lanceurs de pierres et pourtant, le monde entier a cette image des enfants palestiniens qu'ils sont tous lanceurs de pierres », a-t-elle déploré.
L'exploitation
de l'enfance
Le spécialiste libanais des droits de l'enfant, Ghassan Khalil, a ainsi invité les journalistes à changer leur façon d'informer, autrement dit à révéler les atteintes aux droits de l'enfant et à dénoncer les responsables de telles atteintes, notamment au niveau des autorités, pour que les failles soient connues et que les choses évoluent. « Le journaliste met souvent l'accent sur l'information négative, qui est évidemment plus attirante », a-t-il constaté, tout en insistant sur la nécessité de « présenter l'information de manière à ce qu'elle se répercute positivement sur l'enfant ». « Il est important de situer l'information dans le cadre de la Convention des droits de l'enfant », a-t-il ajouté. M. Khalil a également déploré que le monde arabe présente les pires formes d'exploitation de l'enfance, estimant qu'il est difficile de changer les choses, notamment les atteintes liées aux habitudes culturelles. Il a souligné à ce propos qu'il ne suffit pas que les gouvernements annoncent des taux de scolarisation mirobolants. « Encore faut-il que les élèves poursuivent leur scolarisation », a-t-il observé, faisant allusion à l'important taux de décrochage scolaire au Liban.
Le droit des enfants à l'éducation a été au cœur d'une longue séance, à laquelle ont participé une vingtaine d'enfants libanais d'écoles affiliées à l'Unicef. Des questions ont été adressées à ces enfants, concernant les processus d'enseignement et d'apprentissage, la quantité de devoirs et de leçons, le temps consacré à jouer, leurs relations à leurs enseignants, les changements qu'ils aimeraient apporter à l'école... Si les remarques des élèves ne manquaient pas d'intérêt, elles manquaient en revanche de spontanéité et de vérité. D'autant que les jeunes étaient encadrés de leurs éducateurs et enseignants, qu'ils n'avaient visiblement aucune envie d'accabler. À entendre parler ces enfants, qui devaient probablement figurer parmi les meilleurs élèves des établissements invités, tout semble être pour le mieux dans le meilleur des mondes. Même s'ils ont fini par se lâcher un peu et par proposer quelques suggestions pour améliorer l'enseignement, invitant les enseignants à faire évoluer leurs méthodes d'enseignement, à leur donner moins de devoirs la veille des évaluations ou déplorant que certains éducateurs refusent la critique. À noter toutefois l'appel d'un jeune non-voyant, réclamant que l'école tienne mieux compte de l'enfance handicapée, dans sa structure, ses équipements, et ses méthodes d'enseignement. Appel très applaudi, que les autorités concernées gagneraient à écouter attentivement.

