Sans vouloir évoquer les crimes d'un passé pourtant proche, ni le tribunal international, dont les conclusions semblent renvoyées aux calendes grecques, ces incidents suivent une progression et un timing similaires à ceux observés à la période des attentats, juste pour garder l'équilibre entre le calme et le désordre. La menace, c'est cette subtile ligne rouge à ne pas franchir, entre l'ordre et le chaos, et qui existe dans plusieurs régions, où l'on essaie de maintenir la sécurité comme un funambule sur sa corde raide.
S'il n'y avait le danger de basculer dans le chaos, la formation du gouvernement aurait-elle autant tardé ?
Entre-temps, la politique prend une tournure bizarre. Les perdants aux élections législatives mènent le jeu, la majorité gagnante n'a pas la priorité, le Premier ministre ne choisit plus les membres de son gouvernement, le président de la République est muré dans sa neutralité, pratiquement sans prérogatives. Le processus de restructuration de l'État est en butte à l'obstruction. On ne peut que s'étonner du calme des dirigeants, et s'interroger sur ce silence, face au bouleversement des institutions. Appelle-t-on cela une révolution blanche ? Et serait-elle pour le meilleur ou le pire ? Vu la façon dont tout se conçoit à l'ombre des armes illicites, je crains qu'il ne faille s'attendre au pire. Pour le comprendre, il faudrait reconsidérer la situation géopolitique du Liban : de par sa frontière avec Israël, notre pays focalise l'attention des Arabes et de l'Iran (depuis son programme nucléaire et ses ambitions régionales). Parmi les régimes (totalitaires pour les uns, théocratiques pour l'autre) qui l'entourent, sa démocratie est une menace, parce que différente. Si, pour nous, cette différence est synonyme de liberté, pour certains pays environnants il y a là un danger pour la pérennité de leur régime. Au fait, cette liberté existe-t-elle ?
C'est en 1920 que le général Gouraud a établi, par décret, les limites territoriales du Grand Liban. Depuis, plusieurs autres dates ont marqué successivement l'occupation, puis l'indépendance, les moments de guerre et les moments de paix, les périodes de parrainage et celles de liberté. À l'heure présente, pouvons-nous entrevoir la situation exacte de notre pays ? Est-il libre, quand les armes foisonnent entre les mains des extrémistes ? Est-il libre quand l'armée du Hezbollah forme un État militaire dans l'État ? Est-il libre quand certaines régions sont autant de zones interdites, et cela sous peine de mort ? Est-il libre quand ses dirigeants font allégeance à des volontés étrangères ? Enfin est-il libre quand ses lois sont abolies sans passer par le Parlement ?
Quand je vois le coup de grâce donné à notre Constitution, bafouée par ses propres gardiens, je doute fort de notre indépendance. Me viennent à l'esprit les derniers mots de Jules César, tombé sous les coups de lance de ses assaillants, parmi lesquels son fils adoptif : « Tu quoque, fili ? »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine