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Liban - Éclairage

Qui attend qui, au tournant ?

On ne peut pas dire que le processus ministériel piétine : il n'a même pas démarré ! Le blocage dans les starters est évidemment dû aux tensions régionales. Au sein même des camps en compétition : les Iraniens ne sont pas contents du rapprochement syro-saoudien, ni les Égyptiens du rabibochage saoudo-syrien. Copie conforme, à l'identique, sur le plan local. Berry ne doit pas se pâmer d'aise en voyant Aoun lui ravir la vedette. Et, en face, Hariri l'unioniste contrarié commence à se heurter à la logique démocratique d'un cabinet monochrome que défendent Geagea, et surtout Sfeir. En même temps, le Premier ministre désigné doit affronter le Hezbollah pro-iranien, l'Iran étant contre la formation, par Aoun interposé. Et le soutien qu'il reçoit des prosyriens, la Syrie étant pour la formation, reste trop timide, le 8 Mars étant lui-même dominé par les armes du Hezb. Alors, ici même ou là-bas, dans la région, qui attend qui, et à quel tournant ?
Mais, bref, sur le plan des faits à rapporter, pour le peu qu'il y en a, Hariri, selon ses proches, attend toujours la réponse de Aoun à l'alternative qu'il lui offre. Soit les Télécoms, le Tourisme, les Émigrés, la Culture ou les Affaires sociales. Soit l'Éducation, les Affaires sociales, le Tourisme, le Travail ou les Émigrés. Si Hariri admet désormais Gebran Bassil, il refuse de lui confier les Télécoms.

Bazar
Mais les proches de Aoun soutiennent quant à eux que c'est, au contraire, leur leader qui attend la réponse de Hariri. Non pas sur une offre directe, mais sur le rejet des « exigences » (sic !) du Premier ministre désigné. Le chef du CPL veut cinq portefeuilles « au moins », dont les Télécoms à coup sûr, l'Intérieur ou les Finances. Ou alors, en dernière concession, qu'avec les Télécoms on lui octroie deux ministères de poids, comme l'Énergie, l'Éducation ou les Travaux, en sus de deux départements secondaires. Il fait valoir deux arguments complémentaires. D'abord, que son bloc parlementaire est passé de 21 à 27 membres. Ensuite qu'il dispose maintenant de 19 députés maronites, soit plus que la moitié, au lieu de 11 précédemment, ce qui en fait le représentant incontesté de la communauté, et de ses droits. Aoun, indiquent ses proches, a expliqué à ses alliés qu'il ne peut renoncer à ses demandes, que sa participation au gouvernement est liée à son volume parlementaire, et qu'elle ne doit pas constituer un revers pour sa formation. Et qu'aucune pression ne saurait le faire plier, ce qui s'adresse, notamment, aux prosyriens qui tentent de l'amadouer.

Riposte
En réponse, les loyalistes relèvent d'abord que Aoun a amélioré ses scores d'une part à cause du fait que le Hezbollah et Amal ne se sont pas entendus, cette fois, avec Joumblatt et Hariri, notamment à Baabda, et lui ont fait cadeau de Jezzine. Ensuite, grâce aux succès de ses alliés comme Frangié, le Tachnag et les électeurs chiites de Jbeil. Mais, au-delà de cette comptabilité, les majoritaires soulignent que le général, s'alignant naturellement sur le Hezbollah, veut inverser les résultats nationaux des élections législatives. En développant une obstruction ministérielle qui conduirait, en cas de réussite, à une perpétuation du blocage de l'État de droit libanais, miné de l'intérieur. Au stade présent, ajoutent-ils, Aoun foule aux pieds la Constitution qui réserve au seul Premier ministre désigné de composer, à sa guise, le gouvernement, sous réserve de l'accord ultérieur du chef de l'État.
À propos de Baabda même, les loyalistes s'étonnent que le président Michel Sleiman annonce qu'il refuserait tout cabinet qui ne serait pas de coalition. Ils rappellent que son rôle moral de rassembleur ne doit pas lui faire oublier qu'il est avant tout gardien de la Constitution, de la Loi fondamentale. Qui soutient clairement le principe de la vraie démocratie parlementaire édictant que la majorité doit gouverner et la minorité s'opposer. Sans quoi, il n'y aurait pratiquement plus de Chambre.
Les majoritaires prennent acte, ensuite, de l'impuissance des prosyriens face au Hezbollah pro-iranien. Ils rappellent en effet que le président Nabih Berry et le leader de Zghorta, Sleimane Frangié, proches de Damas, ont tenté une conciliation pour faciliter la mise en place du nouveau gouvernement. Ils ont proposé à leur tour une alternative. Soit la rotation généralisée, même pour les portefeuilles dits de souveraineté. Soit le maintien de Gebran Bassil aux Télécoms. Hariri a, initialement, accepté la première formule. Mais Aoun a rué dans les brancards, allant jusqu'à soutenir que le rejet de Bassil aux Télécoms est une ingérence intolérable du Premier ministre dans les affaires intérieures du Bloc du changement et de la réforme !
Farès Souhaid, animateur du secrétariat général du 14 Mars, répète, pour sa part, que la lutte s'inscrit entre deux camps. L'un qui veut dynamiser l'État libanais, et l'autre qui veut, sinon le torpiller, du moins en changer le système.
Pour conclure, des opposants confirment, en privé, les déductions des loyalistes. C'est bien un sourd bras de fer entre Damas et Téhéran, l'un favorable et l'autre opposé à la formation, qui est derrière les complications actuelles. Les deux alliés organiques vont cependant tenter de recoller les morceaux, indiquent ces sources opposantes, et un responsable syrien devrait se rendre sous peu à Téhéran.
On ne peut pas dire que le processus ministériel piétine : il n'a même pas démarré ! Le blocage dans les starters est évidemment dû aux tensions régionales. Au sein même des camps en compétition : les Iraniens ne sont pas contents du rapprochement syro-saoudien, ni les Égyptiens du rabibochage saoudo-syrien. Copie conforme, à l'identique, sur le plan local. Berry ne doit pas se pâmer d'aise en voyant Aoun lui ravir la vedette. Et, en face, Hariri l'unioniste contrarié commence à se heurter à la logique démocratique d'un cabinet monochrome que défendent Geagea, et surtout Sfeir. En même temps, le Premier ministre désigné doit affronter le Hezbollah pro-iranien, l'Iran étant...
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