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Liban

La condition des femmes en Orient, un débat au goût amer

Dans le cadre du 16e Salon du livre francophone de Beyrouth, une conférence-débat a été organisée mercredi soir à la Salle Gibran du centre d'exposition BIEL, autour du thème « L'Orient des femmes ». Les intervenantes, Delphine Minoui, Malika Mokkedem, Nahida Nakad, Hyam Yared et Maïssa Bey, viennent d'horizons différents, certes, mais ont en commun d'avoir lutté pour se donner les moyens de se réaliser professionnellement d'abord, mais aussi en tant que femmes.
Delphine Minoui, journaliste pour le quotidien français Le Figaro et auteure d'un livre qui relate l'histoire de Noujoud, qui, à l'âge de 10 ans seulement, est la plus jeune divorcée du Yémen et la seule à avoir exigé et obtenu le divorce après avoir été mariée de force par son père à un homme beaucoup plus âgé, a tenu d'emblée à louer le combat de cette petite, dans un pays où les filles sont mariées de force pour des raisons souvent économiques. Pour elle, même si en France « nos mères se sont battues en mai 68, avec le combat mené pour l'avortement et la contraception, il existe de nombreuses histoires qui sont de nature à rappeler celle de Noujoud ». Ce qui signifie qu'il faut savoir rester vigilant pour ne pas régresser.
La régression des droits de la femme va d'ailleurs de pair avec toute régression sociale, comme l'a ainsi souligné Maïssa Bey, écrivain algérienne. « La régression dans le monde d'aujourd'hui est souvent portée par les femmes elles-mêmes et c'est cela qui est très dangereux. Dans l'histoire de Noujoud, je suis sûre que les femmes l'ont parée et préparée pour son mariage... » Même approche pour Malika Mokkedem, également écrivain algérienne, pour qui les femmes sont « responsables car ce sont elles qui apprennent à leurs enfants la soumission pour les filles et le machisme pour les garçons ». Elle raconte aussi son combat personnel pour sortir de la misère et la manière avec laquelle son père l'a regardée différemment le jour où, à tout juste 15 ans, elle devient professeure d'internat. Elle était devenue en quelque sorte le chef de famille, puisque c'est elle qui subvenait aux besoins quotidiens. Malika Mokkedem se félicite d'avoir pu lire, car c'est grâce à ses lectures qu'elle a pu avoir la liberté de choisir. « Choisir qui on veut être et surtout contre qui on veut être », car être libre, c'est surtout pour elle le « pouvoir de dire non ».

Nahida Nakad
Prenant la parole, l'écrivaine libanaise Hyam Yared évoque l'un de ses personnages qui lui a été inspiré par sa grand-mère : une femme forte, qui a vécu 6 années durant « sur la ligne de démarcation » et qui est parvenue à tisser des liens avec les miliciens de tout bord qui avaient d'abord tenté de la terroriser. « Ce sont de toutes petites révolutions comme celle-ci qui, ajoutées les unes aux autres, peuvent faire une nation. »
Nahida Nakad, journaliste libanaise, a choisi quant à elle de dresser un constat très peu reluisant mais réaliste de la situation de la femme au Liban. Abordant la problématique de la transmission de la nationalité libanaise par la femme à ses enfants, elle a affirmé que cette question demeurait « au cœur du livre » qu'elle a récemment écrit. « Continuer à vivre en présence d'une telle loi, c'est accepter de ne pas être assez importante pour que notre progéniture ait la même nationalité que nous », a-t-elle ainsi souligné, avant de regretter que le Liban continue de souffrir d'un retard « économique, politique même, en ce qui concerne la femme, un retard par rapport à nos voisins les plus directs, les pays du Golfe. C'est pour cela que notre combat est très important pour que la société accepte la place de premier plan qu'occupe la femme dans le schéma social, quel que soit son choix professionnel ou simplement personnel ». « La moindre des choses, c'est de reconnaître que la femme a le droit d'avoir la même nationalité que son enfant », a-t-elle martelé, avant de mettre en garde : « Si les femmes continuent d'accepter de se soumettre à certaines lois écrites ou non, elles continueront à ne pas être des citoyennes à part entière. » Nahida Nakad a d'autre part regretté que la participation des femmes libanaises ait été aussi faible au dernier Women's Forum de Deauville. « De nombreuses femmes du Golfe y ont participé, très peu du Liban, malheureusement. » Citant l'exemple d'une femme d'affaires libanaise rencontrée à Deauville justement, elle a affirmé que cette dernière n'avait pas été en mesure d'ouvrir un compte en banque à son enfant mineur « en l'absence d'une autorisation du père ». « Notre pays semble, de l'extérieur, tellement moderne et occidentalisé, alors qu'il y a de vraies lois et règles qui empêchent la femme d'être une citoyenne à part entière », a-t-elle ajouté, avant d'observer que « le port du voile n'est pas en lui-même prioritaire », mais qu'il faudrait en revanche une « révision des lois et des règles qui imposent, ou non, la femme au sein de sa société ».

Dans le cadre du 16e Salon du livre francophone de Beyrouth, une conférence-débat a été organisée mercredi soir à la Salle Gibran du centre d'exposition BIEL, autour du thème « L'Orient des femmes ». Les intervenantes, Delphine Minoui, Malika Mokkedem, Nahida Nakad, Hyam Yared et Maïssa Bey, viennent d'horizons différents, certes, mais ont en commun d'avoir lutté pour se donner les moyens de se réaliser professionnellement d'abord, mais aussi en tant que femmes. Delphine Minoui, journaliste pour le quotidien français Le Figaro et auteure d'un livre qui relate l'histoire de Noujoud, qui, à l'âge de 10 ans seulement, est la plus jeune divorcée du Yémen et la seule à avoir exigé et obtenu le...
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