Sa popularité, toute relative il convient de le reconnaître, celui qui se posait il y a peu encore comme l'homme fort du pays la devait à son image de pacificateur. Jusqu'à ces deux derniers mois, marqués par quatre opérations dont l'audace inouïe pousse l'homme de la rue à se poser moult questions. Et d'abord celle-ci : le gouvernement est-il en mesure de tenir sa promesse d'organiser en janvier prochain des élections générales ? Rien n'est moins sûr désormais, ce qui porte à s'interroger sur l'après-Maliki, l'après-retrait américain et sur l'avenir même du pays de l'entre-deux fleuves.
De premiers doutes ont été émis dès hier - et en premier par le gouverneur de Bagdad, Salah Abdel Razzak - sur l'efficacité, sur la fidélité des forces de sécurité dont les hommes ont laissé passer à travers leurs multiples barrages le camion et le minibus de l'horreur. Des experts contestent l'interprétation officielle et parlent, comme l'analyste Ahmad Rouchdi sur la chaîne al-Jazira, de « stratégie électorale ». Maliki, dit-il, représente le parti al-Da'wa ; aussi, cherche-t-il à se poser en protecteur de sa communauté. On parle d'éléments infiltrés de l'extérieur, d'extrémistes islamistes, de partisans du régime honni de Saddam Hussein, mais jamais de faillite du système sécuritaire en place, de complicités au sein de l'appareil étatique.
Comme en un rituel parfaitement ordonné, les messages de condoléances et de soutien ont commencé à pleuvoir en soirée, la palme du cynisme revenant au guide suprême de la République islamique Ali Khamenei qui dénonce la main d'« agents étrangers qui cherchent à provoquer un conflit entre musulmans ». Par-delà ces manifestations de sympathie, il est évident que pas plus les États-Unis que l'Iran ne trouvent leur compte dans ce regain de violence, les premiers au moment où ils sont embarqués dans un interminable processus de retrait après une présence de plus de six ans, le second à l'heure où il négocie âprement son entrée dans le club très fermé du nucléaire. Impitoyable, l'Américain moyen a déjà tiré une première leçon de l'affaire : « Désespérément triste, écrit ainsi un lecteur du New York Times. Notre engagement aura donc été inutile, presque un désastre total. Que peut-on dire d'autre de cette interminable tragédie ? »
Pour Mahmoud Osman, parlementaire kurde, le message est double, adressé autant aux éventuels investisseurs réunis la semaine dernière à Washington, pour les dissuader de traiter avec des hommes d'affaires irakiens, qu'aux trois dirigeants qui devaient se pencher en soirée sur les amendements à apporter au projet de loi électorale. Le texte, après son approbation par les chefs de l'État Jalal Talabani (kurde), du gouvernement Adnane Maliki (chiite) et du Parlement Ayad Samarraï (sunnite), est censé être entériné par l'Assemblée nationale.
Tout retard mis à se prononcer sur le sujet aura des résultats catastrophiques dans l'immédiat. Il se traduira, a averti d'ores et déjà le Premier ministre, par une perte de légitimité pour le gouvernement et pour le Parlement, ce qui signifiera une nette recrudescence de l'insécurité. Dont les Irakiens viennent d'avoir un avant-goût.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef