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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’impossible pacification

Mission ratée pour Nouri Kamal el-Maliki, l'homme qui rêvait d'un Irak pluraliste « au sein duquel les divers groupes ethniques et confessionnels seront égaux ». Le voici qui voit aujourd'hui la main d'el-Qaëda et du Baas, une organisation terroriste et un parti perçus à travers le monde comme d'essence sunnite, dans les attentats meurtriers de dimanche et, d'une manière plus générale, dans la vague de violence qui a recommencé il y a plus de deux ans à déferler sur le pays, comme, au réveil d'un volcan, un sanglant torrent de lave.
Dire qu'en prévision du retrait, en 2012, des troupes américaines, le Premier ministre avait ordonné, il y deux semaines, la suppression dans les principales rues de la capitale des gigantesques blocs de béton protégeant la « zone verte » qui abrite les ambassades et les principales administrations publiques de la rue Haïfa ainsi que des ponts sur le Tigre. Témoins de la violence des attaques, l'explosion qui visait le siège du Conseil provincial a détruit une muraille haute de quatre mètres et enseveli sous les décombres une douzaine de personnes présentes là pour leur malheur. Plus loin, le ministère de la Justice, second objectif des terroristes, n'est plus qu'un amas de gravats d'où s'élevait encore, des heures plus tard, une épaisse fumée noire visible à des kilomètres à la ronde.
Sa popularité, toute relative il convient de le reconnaître, celui qui se posait il y a peu encore comme l'homme fort du pays la devait à son image de pacificateur. Jusqu'à ces deux derniers mois, marqués par quatre opérations dont l'audace inouïe pousse l'homme de la rue à se poser moult questions. Et d'abord celle-ci : le gouvernement est-il en mesure de tenir sa promesse d'organiser en janvier prochain des élections générales ? Rien n'est moins sûr désormais, ce qui porte à s'interroger sur l'après-Maliki, l'après-retrait américain et sur l'avenir même du pays de l'entre-deux fleuves.
De premiers doutes ont été émis dès hier - et en premier par le gouverneur de Bagdad, Salah Abdel Razzak - sur l'efficacité, sur la fidélité des forces de sécurité dont les hommes ont laissé passer à travers leurs multiples barrages le camion et le minibus de l'horreur. Des experts contestent l'interprétation officielle et parlent, comme l'analyste Ahmad Rouchdi sur la chaîne al-Jazira, de « stratégie électorale ». Maliki, dit-il, représente le parti al-Da'wa ; aussi, cherche-t-il à se poser en protecteur de sa communauté. On parle d'éléments infiltrés de l'extérieur, d'extrémistes islamistes, de partisans du régime honni de Saddam Hussein, mais jamais de faillite du système sécuritaire en place, de complicités au sein de l'appareil étatique.
Comme en un rituel parfaitement ordonné, les messages de condoléances et de soutien ont commencé à pleuvoir en soirée, la palme du cynisme revenant au guide suprême de la République islamique Ali Khamenei qui dénonce la main d'« agents étrangers qui cherchent à provoquer un conflit entre musulmans ». Par-delà ces manifestations de sympathie, il est évident que pas plus les États-Unis que l'Iran ne trouvent leur compte dans ce regain de violence, les premiers au moment où ils sont embarqués dans un interminable processus de retrait après une présence de plus de six ans, le second à l'heure où il négocie âprement son entrée dans le club très fermé du nucléaire. Impitoyable, l'Américain moyen a déjà tiré une première leçon de l'affaire : « Désespérément triste, écrit ainsi un lecteur du New York Times. Notre engagement aura donc été inutile, presque un désastre total. Que peut-on dire d'autre de cette interminable tragédie ? »
Pour Mahmoud Osman, parlementaire kurde, le message est double, adressé autant aux éventuels investisseurs réunis la semaine dernière à Washington, pour les dissuader de traiter avec des hommes d'affaires irakiens, qu'aux trois dirigeants qui devaient se pencher en soirée sur les amendements à apporter au projet de loi électorale. Le texte, après son approbation par les chefs de l'État Jalal Talabani (kurde), du gouvernement Adnane Maliki (chiite) et du Parlement Ayad Samarraï (sunnite), est censé être entériné par l'Assemblée nationale.
Tout retard mis à se prononcer sur le sujet aura des résultats catastrophiques dans l'immédiat. Il se traduira, a averti d'ores et déjà le Premier ministre, par une perte de légitimité pour le gouvernement et pour le Parlement, ce qui signifiera une nette recrudescence de l'insécurité. Dont les Irakiens viennent d'avoir un avant-goût.

Mission ratée pour Nouri Kamal el-Maliki, l'homme qui rêvait d'un Irak pluraliste « au sein duquel les divers groupes ethniques et confessionnels seront égaux ». Le voici qui voit aujourd'hui la main d'el-Qaëda et du Baas, une organisation terroriste et un parti perçus à travers le monde comme d'essence sunnite, dans les attentats meurtriers de dimanche et, d'une manière plus générale, dans la vague de violence qui a recommencé il y a plus de deux ans à déferler sur le pays, comme, au réveil d'un volcan, un sanglant torrent de lave.
Dire qu'en prévision du retrait, en 2012, des troupes américaines, le Premier ministre avait ordonné, il y deux semaines, la suppression dans les principales rues de la capitale...
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