Jean Sarkozy, 23 ans, fils cadet de Nicolas Sarkozy, a été élu sans surprise hier administrateur de l'Établissement public d'aménagement de la Défense (EPAD), quartier d'affaires de l'ouest de Paris, mais il avait annoncé jeudi soir qu'il renonçait à en briguer la présidence. Cette décision a été prise, a-t-il dit à la télévision, après en avoir parlé à Nicolas Sarkozy. Mais c'est le « père » qu'il a consulté, pas « le président », a-t-il précisé, dans un style et un phrasé rappelant beaucoup le chef de l'État français. « Je ne veux pas d'une victoire entachée de soupçons », a lancé le jeune homme, qui s'était vu attribuer le surnom de « prince Jean » par nombre de ceux qui voyaient d'un mauvais œil son arrivée si rapide à de si importantes responsabilités, alors qu'il n'a encore aucun diplôme universitaire en poche.
Pour l'opposition, c'est Nicolas Sarkozy qui a reculé devant l'impopularité d'une telle promotion pour son fils, attaquée en France et raillée à l'étranger. « C'est un pouvoir acculé, fragile, qui renonce à commettre un acte abusif », a estimé le député socialiste Arnaud Montebourg, très en pointe dans la polémique depuis une quinzaine de jours. « Le président de la République a reculé sous la pression de l'indignation populaire et d'une immense majorité des Français », selon le porte-parole socialiste, Benoît Hamon. « Le niveau d'exaspération dans le pays a fait reculer la famille Sarkozy. Jean n'héritera pas de l'EPAD en ligne directe de son père. Il pourra ainsi se consacrer à son année universitaire, un métier bien appris vaut mieux qu'un gros héritage », a ironisé pour sa part le porte-parole du Parti communiste Olivier Dartigolles.
De tels arguments étaient repris depuis deux semaines par les détracteurs des Sarkozy, et l'affaire du « prince Jean » suscitait le malaise jusque dans la majorité de droite. Nicolas Sarkozy avait fait du mérite et de l'égalité des chances un des axes du discours politique qui lui a permis de conquérir le pouvoir en 2007. Pour le quotidien Libération (gauche), « le fils prend ses cliques, le père une claque ». En Europe, le quotidien britannique Financial Times estimait que « c'est un coup sévère pour le président Sarkozy », alors que son confrère The Independent jugeait que la République française a marqué un point contre « l'empereur Nicolas 1er ».
Selon un sondage CSA paru la semaine dernière, près des deux tiers des Français (64 %) et plus de la moitié des sympathisants de droite (51 %) critiquaient cette candidature.
La majorité présidentielle, de son côté, a salué la « maturité » du jeune candidat et la « sagesse » de sa décision, après avoir défendu pendant quinze jours, malgré quelques voix discordantes, la « légitimité » de la promotion qui lui était promise. L'avenir politique du fils du président n'est en rien compromis, ont laissé entendre les proches du chef de l'État. « Cette prise de recul, c'est une attitude qui, à mon sens, lui profitera beaucoup », a affirmé le Premier ministre François Fillon. « Sa candidature était légitime, son choix de se retirer, je pense, honore son engagement », a-t-il ajouté.
Entré réellement en politique en mars 2008, avec son élection à l'assemblée départementale des Hauts-de-Seine, fief familial, Jean Sarkozy montre depuis une ambition qui ne se dément pas. Il préside déjà, dans cette instance, le groupe politique UMP.

