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Nos lecteurs ont la parole

Lettre à une « princesse du foyer »

Par Dr Ziad HOURI
Je t'écris pour te dire que je t'aime, que j'aime ta jeunesse et que j'admire ton courage et ta résistance.
Toi, tu ne me connais pas et tu ne liras jamais cette lettre, par contre moi je te connais, je te vois tous les jours.
Je t'adresse cette lettre pas uniquement pour te clamer mon amour, mais surtout parce que je suis obsédé par la justice, par les sentiments des condamnés, des proscrits, des solitaires et des sans-défense comme toi.
Je sais petite sri lankaise, philippine, éthiopienne, malgache ou autres filles de misère, que tu as longuement préparé ton voyage, avec beaucoup d'espoir et d'amour pour ce pays accueillant. Tu pensais venir dans un pays riche, donc civilisé. Un homme civilisé ne peut qu'être bon et juste. Tu ne te doutais pas qu'ici les lois raciales font qu'être différent est comme une impureté.
Tu ne savais pas aussi que tu allais être victime d'une affreuse machine infernale, qui s'appelle esclavage.
Tu ne savais pas aussi que tu allais travailler dans un milieu hostile, prêt à te briser et de te faire perdre ton âme.
Tu ne savais pas que ces êtres pour qui tu allais travailler allaient te considérer comme une créature retorse, pleine d'hypocrisie, qui aurait tous les vices du monde.
Tu ne savais pas qu'on allait t'imposer des barrières morales et religieuses, comme si toi tu n'avais aucune moralité ni religion.
Tu ne savais pas que ce milieu abominablement petit-bourgeois de tes employeurs est persuadé de sa supériorité et a toujours un alibi pour justifier l'injustice et avoir bonne conscience.
Tu ne savais pas que ces gens éprouvent de la haine, une haine viscérale pour les faibles. Ta faiblesse attise, excite leur bestiale cruauté, masquée par un vernis social et religieux.
Tu ne savais que ces gens éprouvent du plaisir à maltraiter des faibles comme toi, parce qu'ils peuvent impunément insulter, battre, humilier. Ça libère leur
frustration.
« Le travail libère », avaient inscrit les nazis sur le portail d'Auschwitz. Tu n'as jamais entendu parler de ce camp mais, vois-tu, le cynisme a toujours existé et servi aux hommes à asservir leurs semblables et justifier  la cruauté et les châtiments.
Toi petite bonne héroïque, malgré ce milieu sinistre, inhospitalier et si peu humain, tu as trouvé le courage de résister et de vivre. Comment faire autrement ? La misère de ta famille, de tes enfants, de ton village hante tes pensées. Il faut accepter
l'inacceptable.
Pour finir, je voudrais que tu saches que tous les hommes ne sont pas obligatoirement mauvais, heureusement. Beaucoup de mes semblables pensent à toi, avec amour et compassion. Ils estiment que les conditions de vie qu'on t'impose doivent s'appliquer à nous, que nous sommes tous égaux.
Je termine cette lettre par une phrase d'Albert Cohen, qui me vient toujours à l'esprit quand je te vois trimer : « Oui, Dieu existe si peu que j'en ai honte pour Lui. »
Je t'aime Johanne, Dibika, Olga, Ato, Chahnaz, Mitch, Rosa et les autres princesses des maisons.
Je t'écris pour te dire que je t'aime, que j'aime ta jeunesse et que j'admire ton courage et ta résistance.Toi, tu ne me connais pas et tu ne liras jamais cette lettre, par contre moi je te connais, je te vois tous les jours.Je t'adresse cette lettre pas uniquement pour te clamer mon amour, mais surtout parce que je suis obsédé par la justice, par les sentiments des condamnés, des proscrits, des solitaires et des sans-défense comme toi. Je sais petite sri lankaise, philippine, éthiopienne, malgache ou autres filles de misère, que tu as longuement préparé ton voyage, avec beaucoup d'espoir et d'amour pour ce pays accueillant. Tu pensais venir dans un pays riche, donc civilisé. Un homme civilisé ne peut qu'être bon et juste. Tu ne te doutais pas...
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