Ce fonds de commerce connu, ce rempart obstructionniste, le général le pimente de remarques tout à fait en porte-à-faux avec la gravité du sujet et de l'heure. Il prend en effet la peine de reprocher à des députés de la majorité de faire courir des bruits trompeurs sur son attitude. En laissant entendre qu'il serait prêt à composer et qu'il aurait renoncé aux Télécoms pour négocier sur d'autres postes. Ces loyalistes ont également propagé que les entretiens entre Aoun et le Premier ministre désigné ont été éminemment positifs, ce qui sous-entend évidemment qu'ils ont produit des résultats du même nom. Ce qui, en fait, ressort un peu du pari de Pascal, ou de la méthode Coué, les intéressés voulant se convaincre que tout va bien aller. Il est vrai que ce n'est pas vrai. Mais par sa seule intervention de mercredi, le général Aoun a annulé les assertions loyalistes en question, du reste mineures. Il n'avait donc besoin de les fustiger que pour bien montrer qu'il reste déterminé à faire feu de tout bois, sur les petites choses comme sur les grandes et à ne mettre aucune goutte d'eau dans son vin.
Quoi qu'il en soit, selon des observateurs avertis, le général Michel Aoun se trouve encore une fois en position de méfiance accentuée. Il craindrait que les tractations en cours ne tissent autour de lui une toile de ligotage double. Pour l'empêcher d'obtenir ce qu'il réclame. Et, en même temps, pour le décrédibiliser auprès de l'opinion, en le présentant comme le seul empêcheur de tourner en rond. Cette façon de voir, qu'on lui attribue, équivaudrait à un aveu indirect de sa part : il ne serait pas le seul initiateur de l'intransigeance, le rôle réel du Hezbollah, aussi camouflé qu'il reste, ne devant jamais être ignoré.
Psychologie politique
Poursuivant cette approche de psychologie politique, les sources citées indiquent qu'après les législatives, nombre de ses propres élus, ou alliés, ont commencé à se demander, au vu des scores comparés avec l'exercice 2005, si le général n'a pas perdu trop de popularité au niveau de la rue chrétienne. Ce serait donc un peu pour les rassurer et les garder plus solidement en main qu'il s'efforce de rester en vedette.
Pour ces cadres, il ne s'agit pas là de broutilles de boudoir, mais d'un élément important dans la phase actuelle. En effet, enchaînent-ils, Aoun, qui a ménagé soigneusement le Premier ministre désigné dans sa récente sortie, doit encore discuter, et peut-être plus d'une fois, avec Hariri. Il aurait été bon pour le général, ajoutent-ils, de mettre son interlocuteur au courant de ses impressions, de ses appréhensions ou de son mécontentement concernant les rumeurs distillées par les loyalistes à son sujet. Car la part de confiance personnelle, et de compréhension, entre les deux hommes entre désormais, comme ils en ont pareillement convenu en se retrouvant, pour moitié au moins dans le règlement du problème.
Mais comment réagissent les majoritaires incriminés? D'abord, par un réflexe de défense agressive, ils rappellent qu'avant juin dernier, Aoun réclamait des législatives anticipées pour que la question de la majorité parlementaire, et de sa légitimité, soit tranchée, afin que l'on sache à qui le pouvoir devrait revenir. Ils ajoutent qu'allant contre cette même logique, Aoun et son camp ne veulent toujours pas s'incliner devant les résultats des élections. Et continuent, surtout, à refuser, en même temps la démocratie véritable, l'État digne de ce nom qui s'en réclame.
Les prosyriens militant à tout crin pour l'armement milicien, qui a fait ses preuves le 7 Mai. Pour ce qui est des fuites d'informations, les loyalistes observent qu'on aurait pu les traiter entre quatre murs. Afin de ne pas envenimer un tableau politique local dangereusement chargé au moment où la situation régionale devient si délicate.
Ils assurent qu'ils étaient dans le vrai quand ils relevaient que le climat ministériel était positif avant la bombe Aoun. À dire vrai, un député aouniste confie en privé que non seulement il pense de même, mais qu'il croit également que les choses ne sont toujours pas si mal. Ajoutant cependant que certaines parties du 14 Mars tentent de brouiller le rapprochement entre Aoun et Hariri, qui considère nécessaire de tenter de s'entendre avec le général. Pour aboutir, et pour protéger le pays autant que faire se peut face aux vents soufflant du dehors.
Mais, concluent les observateurs, une hirondelle ne fait pas le printemps. Et Aoun n'est pas seul dans son camp, et dans sa campagne : un moment optimistes, les cadres du 8 Mars tournent tous maintenant à l'aigre. Sur double conseil extérieur sans doute : Téhéran ne veut pas d'un déblocage qui se ferait sans lui, à travers un arrangement syro-saoudien, et Damas ne tient pas à l'indisposer.


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