La silhouette gracile, les cheveux châtain clair coupés courts, une barbichette cernant menton et haut de la bouche, des yeux vert de gris clairs, les propos précis, la chemise à col Mao ample, Jean Deroyer, à trente ans, est un brillant chef d'orchestre au parcours déjà impressionnant. Rencontre dans le lobby de l'Hôtel Alexandre à Achrafieh où il séjourne pour une discussion à bâtons rompus afin de mieux connaître le personnage par-delà la baguette du chef d'orchestre...
« Oui, c'est la première fois que je visite le Liban, quoique à Paris, je fréquente depuis longtemps des restaurants qui servent "taboulé" et "homos", dit-il en toute simplicité... Depuis deux jours, je ne me lasse pas de marcher à Beyrouth et je suis impressionné par les intimidantes traces de la guerre... Les répétitions, pour le concert de vendredi soir, vont déjà bon train, et c'est avec plaisir que je découvre que les interprètes de l'OSNL sont non seulement familiers avec les partitions des musiciens français (fin du XIXe et début du XXe siècle) choisies pour être offerts au public, mais appartiennent également à un orchestre aussi bien établi avec une ville qui a connu tant d'évènements... »
Et votre histoire avec la musique Jean Deroyer, comment a-t-elle commencé ? Où vont vos préférences pour la musique à l'inspiration si diverse et diversifiée ?
« Au début, c'était quelque chose qui est venu tout à fait par hasard, confie le jeune maestro entré à quinze ans au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il obtient cinq premiers prix ! Lorsque, à neuf ans, ma mère me demande quel instrument je préfère, j'ai répondu la harpe... Mais comme c'est un instrument difficile à trouver, je me suis replié sur le piano et ça dure toujours... Mais en fait, je voulais surtout être compositeur, et cela m'a servi pour un certain temps comme une sorte de journal intime musical... À treize ans, j'ai interprété un opus pour piano que j'ai écrit et qui s'intitule Miniatures, un opus qui sentait la citation, celle de Bartok plutôt que Debussy... À seize ans, j'ai dirigé un orchestre qui jouait mes pièces, de même que j'ai dirigé avec l'Orchestre d'Île-de-France le Poème de Chausson. Cependant, avec la direction d'orchestre, je n'arrive plus à concilier composition et direction, et là j'ai fait un choix quoique je trouve qu'en musique, la chose la plus importante c'est la composition... »
Amoureux de la poésie (dernier livre lu, celui du Voleur d'enfant de Jules Supervielles), fervent lecteur de biographies (dernière en date celle de Bobby Fisher), adepte de la musique contemporaine (Pierre Boulez, Peter Eotvôs) tout aussi que les œuvres de Bruckner, Mahler, Bartok, Stravinsky, Ravel (pour ne citer que cela !), en tête de quelques CD dans les bacs ( le Cellar Door de Thomas (et non Albert) Roussel, Ferneyhough, Marc Olivier Dupin), Jean Deroyer est « impatient » de retrouver les musiciens de l'OSNL ainsi que le public libanais pour le concert du vendredi soir au menu bien français, incluant des pages de Gabriel Fauré, Maurice Ravel et Francis Poulenc.

