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Moyen Orient et Monde - Le Point

La drôle de guerre

Sur le front du Sud-Waziristan, tout va pour le mieux. En douterait-on que les dernières nouvelles en provenance de la région seraient de nature à rassurer même les plus sceptiques. Que l'on en juge : depuis hier, toutes les écoles du Pakistan sont fermées par crainte de nouveaux attentats après les deux attaques-suicide de la veille contre l'université islamique de la capitale ; les responsables des centres onusiens d'aide alimentaire ont mis la clé sous le paillasson au risque de réduire à la famine quelque deux millions de personnes ; enfin, un général iranien revendique pour les gardiens de la révolution le droit de débusquer à domicile les auteurs du carnage commis dimanche à Pichtin, venus, dit-il, du pays voisin. Comme si le boulet local ne suffisait pas...
Entre 2004 et 2008, les généraux pakistanais avaient déclenché, à Kotkaï et à Jandolah, une chasse sans précédent aux étudiants en théologie, conclue par l'annonce triomphale de leur fin et la mort de leur chef, Qari Hussain. Lequel apparaissait, quelques heures plus tard, devant une foule de journalistes accourus dans son sanctuaire pour constater sa miraculeuse résurrection. Cette fois, les gradés, formés dans les meilleures académies militaires britanniques, y ont mis le paquet, lançant dans l'offensive, dès samedi dernier, des F-16 équipés d'un matériel ultrasophistiqué complaisamment fourni par les États-Unis et chargés d'épauler, en même temps qu'un imposant dispositif d'artillerie, les 28 000 hommes déployés sur trois axes. Depuis, les communiqués pleuvent, qui annoncent des victoires présentées comme décisives, parlent d'une résistance plus faible que prévue et de la fin imminente des affrontements, faute de combattants de l'autre bord. Tout cela avait été précédé, douze jours durant, d'une série d'opérations, de plus en plus spectaculaires, culminant avec un siège de vingt-deux heures du quartier général de l'armée et le bombardement d'un bâtiment des Nations unies dans la capitale.
Ce que les porte-parole militaires ne disent pas, et on comprend pourquoi, c'est que les talibans se sont repliés sur l'arrière-pays pour laisser l'assaillant étirer ses forces, se couper de ses bases de ravitaillement, multiplier les bombardements aériens qui causent des hécatombes dans les rangs des civils et avivent ainsi le ressentiment de la population locale, avant de passer à la meilleure contre-offensive qu'ils connaissent : ces opérations de harcèlement qui figurent au tout premier chapitre du manuel du parfait guérillero. Ce qu'ils ne disent pas non plus, c'est que des accords ont été passés avec l'ennemi, avec au moins deux d'entre eux, Maulvi Nazir et Hafiz Gul Bahadur, hier talibans purs et durs, aujourd'hui revenus à de meilleurs sentiments, en échange de quelques passe-droits et de beaucoup d'argent. Retour donc à une tactique qui avait fait ses preuves jadis.
Il est aisé de comprendre pourquoi ce genre d'entente n'a pas eu l'heur de plaire à Washington. Au lendemain du jour J, le général David Petraeus, chef du Centcom, et l'ancien candidat à la présidentielle, le sénateur John Kerry, accouraient sur les lieux pour examiner les retombées de l'offensive sur le cours de la guerre en Afghanistan. Lundi, le Premier ministre du Pakistan, Youssouf Reza Gilani, appelait l'Amérique à hâter le versement du milliard de dollars promis depuis des mois au titre d'aide à l'effort de guerre et l'invitait à stopper ses infiltrations à partir du pays voisin. À l'en croire, ceux qui mènent la vie dure aux unités de l'Alliance (USA et OTAN) ne sont pas basés en territoire pakistanais mais opéreraient plutôt aux portes même de Kaboul, tels les hommes du réseau Haqqani, responsable de l'assaut contre l'hôtel Serena ou encore de la tentative d'assassinat du président Hamid Karzaï.
La riposte, il y a des mois que les talibans la préparent. En juin par exemple, leur chef Hakimullah Mehsud a entrepris de ramener les tribus d'Orakzaï qui lui sont fidèles dans le Sud où elles ont été rejointes par des hommes venus du Punjab. De leur côté, les Ouzbeks, les combattants les plus craints par les soldats pakistanais, se sont regroupés autour de Kaniguram en prévision de la grande bataille qui se prépare avant l'hiver. Ailleurs, le dispositif de combat est déjà en place et la population, ou ce qu'il en reste, mise en condition.
Captif des talibans sept mois durant, le journaliste David Rohde, du New York Times, a été libéré il y a peu. Il a entrepris de publier une série d'articles sur cette période de sa vie, ses contacts avec ses geôliers. Confidence de l'un d'entre eux : « Vous avez, vous (les grandes puissances), des bombes nucléaires, nous avons des bombes humaines. » Contre ce genre d'arme, on comprend que les chasseurs-bombardiers soient d'une désolante inutilité.

Sur le front du Sud-Waziristan, tout va pour le mieux. En douterait-on que les dernières nouvelles en provenance de la région seraient de nature à rassurer même les plus sceptiques. Que l'on en juge : depuis hier, toutes les écoles du Pakistan sont fermées par crainte de nouveaux attentats après les deux attaques-suicide de la veille contre l'université islamique de la capitale ; les responsables des centres onusiens d'aide alimentaire ont mis la clé sous le paillasson au risque de réduire à la famine quelque deux millions de personnes ; enfin, un général iranien revendique pour les gardiens de la révolution le droit de débusquer à domicile les auteurs du carnage commis dimanche à Pichtin, venus, dit-il, du...
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