Lors d'une précédente réunion début octobre, ils n'avaient pas réussi à s'entendre pour fixer une date pour commencer l'effort budgétaire, après avoir dépensé des dizaines de milliards d'euros pour soutenir leurs économies face à la récession.
Avec la crise qui a frappé l'Europe, la pire depuis plus de 60 ans, les déficits publics et la dette des États s'envolent. Une conséquence des moindres rentrées fiscales et de dépenses sociales en forte hausse, via les allocations chômage par exemple.
Le Pacte de stabilité européen, qui en principe limite à 3 % du produit intérieur brut (PIB) par an le déficit public des États, a volé de facto en éclats.
Actuellement, les trois quarts des pays de l'UE ont été épinglés par Bruxelles pour dérapage de leurs déficits. Seuls sept pays de l'Union européenne sur 27, dont trois dans la zone euro, échappent encore au rappel à l'ordre.
Certains pays inquiètent plus que d'autres, avec des déficits de plus de 10 % pronostiqués en Irlande ou au Royaume-Uni, où le gouvernement prévoit plus de 12 % cette année. Mais ils ne sont pas les seuls.
À Luxembourg, des responsables économiques européens ont mis en garde la Grèce, dont les chiffres viennent d'être corrigés en très forte hausse, mais aussi, plus discrètement, la France.
Interrogé sur le fossé qui se creuse entre la France, qui prévoit un déficit public record de 8,2 % du produit intérieur brut (PIB) cette année et de 8,5 % en 2010, et l'Allemagne, qui table sur seulement 3,7 % cette année, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a indiqué que cette question était « au cœur du sujet ».
« Parce que si un ou deux pays, en particulier s'il s'agit de grands pays, s'éloignent d'une politique vertueuse, des États plus petits (...) auront de grandes difficultés pour expliquer à leur opinion publique pourquoi des pays plus petits devraient respecter pleinement le Pacte de stabilité » européen limitant les déficits, a-t-il dit lundi soir.
La France et l'Allemagne « doivent être traitées de la même façon, avec les mêmes règles », a mis en garde de son côté le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, en refusant tout traitement de faveur.
« La France donne un exemple déplorable » aux autres pays, a résumé plus brutalement une source européenne, sous le couvert de l'anonymat. La Commission européenne compte examiner de près son cas le 11 novembre.
Mais le président Nicolas Sarkozy se refuse à mettre en place une politique de rigueur pour réduire les déficits tout de suite, de crainte de paralyser la reprise. Il compte sur la relance de l'activité pour remplir à nouveau les caisses de l'État.
La Grèce est dans un autre cas de figure. Les autorités européennes l'ont sérieusement mise en garde sur la crédibilité de ses statistiques de déficit, fortement réévaluées récemment par le nouveau gouvernement sorti des dernières élections législatives anticipées.
« La partie est terminée, nous avons besoin de statistiques sérieuses », a prévenu M. Juncker. La Grèce avait déjà grossièrement sous-estimé ses déficits à la fin des années 1990 pour pouvoir se qualifier pour l'entrée dans la zone euro.

