On peut constater que les quatre grands et anciens partis chrétiens ont tous le cèdre comme emblème de leur patriotisme purement libanais, même s'il est différemment stylisé.
Par contre, les deux (relativement) récents partis chrétiens ont occulté le cèdre. Les Marada de Sleimane Frangié ont opté pour une lettre de l'alphabet grec, et leurs alliés du CPL de Michel Aoun se sont inspirés du logo de la marque sportive Nike sur le fond orange de la révolution... ukrainienne !
L'emblème du PPS, créé du temps de son fondateur Kamal Joumblatt, est tout à fait dans le style des régimes communistes de l'époque : une pioche et une plume entrecroisés. Le parti de Nabih Berri se contente de calligraphier le mot Amal (Espoir) en arabe, comme un rappel du mot Allah. Le plus inattendu et le plus choquant, c'est l'emblème du Hezbollah qui fait porter à Allah une mitraillette Kalachnikov, probablement symbolique pour le seul parti armé, mais quelle triste fin pour le Bon Dieu ! Le plus récent et le plus rassembleur s'avère être l'emblème du Courant du futur (al-Moustakbal) : l'ébauche d'un astre blanc sur un beau ciel bleu, le ciel qui sert de fond aux cèdres du Liban justement et sous lequel vivent tous les Libanais, quels que soient le parti ou la communauté auxquels ils appartiennent, le Liban pour tous, et tous sous le même ciel bleu.
Tout ce foisonnement de partis et mouvements politiques au Liban dénote une culture démocratique introuvable ailleurs dans le monde arabe.
N'est-il pas étrange, pour ne pas dire suspect ou honteux, que les Libanais, depuis si longtemps attachés aux valeurs de la démocratie - même imparfaite -, s'avèrent incapables de former un gouvernement si le président syrien et le roi d'Arabie ne se réunissent pas pour le leur permettre ?
La Syrie, au parti unique (le Baas) dominé par une petite minorité alaouite au pouvoir depuis 30 ans, et l'Arabie saoudite, qui n'a ni parti ni même d'élections : voilà les deux pays qui enjoignent à la majorité victorieuse aux élections de former un cabinet d'union nationale...
Les partis de l'opposition au Liban reçoivent armes et argent de pays étrangers auxquels ils sont redevables et dont ils sont obligés de servir les intérêts, souvent au détriment de ceux de leur propre pays.
Ces partis de l'opposition jouissent de toutes la liberté d'expression offertes par le Liban pour exiger non seulement de participer au gouvernement, mais aussi d'y nommer eux-mêmes leurs ministres aux postes de leur choix. Pas de gouvernement sans l'aval du Hezbollah armé ou sans le gendre du général Aoun - sinon la menace explicite de troubles sécuritaires. À quoi ont servi les élections si certains partis politiques abusent de la démocratie pour la bloquer ou l'ignorer ?
L'opposition au Liban se déclare ouvertement et publiquement pro-Syrie et pro-Iran, alors qu'à Damas, les opposants pacifiques croupissent en prison et les manifestants à Téhéran sont condamnés à mort. Y a-t-il vraiment des opposants libanais qui souhaiteraient vivre sous les régimes syrien ou iranien qui les soutiennent si massivement ?

