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Moyen Orient et Monde - Le Point

Haute insécurité

Dans le style langue de bois, difficile de faire mieux. « Il ne fait pas de doute que cet acte violent et inhumain relève d'une stratégie initiée par des étrangers, ennemis du régime et de la révolution, pour détruire l'unité entre chiites et sunnites et diviser les rangs du grand peuple iranien », disait le communiqué publié dimanche soir par l'agence IRNA. Un double attentat venait de se produire dans la localité de Pichtin, au cœur du Sistan-Balouchistan, faisant des dizaines de victimes. Parmi les tués : le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du chef de l'armée de terre des Pasdarans, ainsi que les responsables militaires de la province, ceux des unités d'élite Iranshahr et Sarbaz, enfin le commandant de la brigade Amiralmoeminin. Un sanglant bilan, portant la signature des Joundallah, s'est-on dépêché de conclure à Téhéran, soutenus par Londres et Washington où, comme de bien entendu, on avait démenti l'accusation.
Ce n'est pas la première fois que les terribles soldats de Dieu, qui se battent pour obtenir une plus large autonomie de leur région, font parler d'eux. En mai, ils avaient pilonné à la roquette une mosquée chiite dans la capitale, Zahedan, faisant 25 tués ; l'an dernier, 16 militaires avaient été enlevés ; en 2007, onze des passagers d'un autobus pris pour cible avaient péri. À chaque fois, des potences avaient été dressées - 13 personnes pendues il y a cinq mois -, des rafles organisées, le tout ponctué de démentis véhéments et de « réconciliations » auxquels on faisait semblant de croire. En avril, le pouvoir central chargeait les gardiens de la révolution de la sécurité, avec le succès dont on vient, une fois de plus, de voir les résultats.
À la traditionnelle liste des représentants de l'« arrogance » occidentale est venu s'ajouter, dès dimanche soir, un nom, celui du Pakistan, soupçonné d'abriter des combattants sunnites et leur chef, Abdolmalek Righi. En juin 2008 pourtant, Islamabad avait donné des gages de sa bonne volonté en livrant le frère de celui-ci, Abdolhamid, lequel avouait les liens du groupe avec el-Qaëda et les USA. En fait, cela faisait des années que les médias iraniens revenaient périodiquement sur l'existence de tels contacts, sur la présence d'agents de la CIA dans les rangs des membres des tribus balouches et sur le lent travail opéré par leurs soins pour susciter des mouvements de contestation. L'élément nouveau est représenté par la dénonciation du rôle du voisin oriental, soupçonné de donner refuge aux « terroristes ». L'allusion à « certains agents (pakistanais) qui coopèrent avec les responsables » des deux attentats constituerait une dénonciation à peine voilée de l'Inter-Services Intelligence (I.S.I.), le tout-puissant organisme de renseignement. Ainsi, le dossier irano-balouche et sunnito-chiite s'alourdirait d'un nouvel élément : les rapports avec le Pakistan, caractérisés jusqu'alors par une tiédeur dont les deux parties avaient fini par s'accommoder.
La résurgence de la violence, après deux années noires pour les forces de sécurité iraniennes, coïncide avec un triple événement : la campagne déclenchée par l'armée pakistanaise contre les talibans, le nouveau tournant pris par la guerre en Afghanistan, la difficile négociation sur le programme nucléaire de la République islamique. Le mélange, comme on vient de le voir, peut s'avérer détonant, surtout dans la mesure où le double attentat de dimanche est susceptible de nuire à l'image du régime des mollahs, survenant après l'élection présidentielle qui a vu la victoire de Mahmoud Ahmadinejad et la répression qui l'a suivie.
La garde prétorienne du pouvoir a mis à profit le scrutin du 12 juin pour renforcer son contrôle sur presque tous les rouages de l'État, la dernière en date de ses acquisitions ayant consisté en une participation non négligeable (près de 8 milliards de dollars) dans le monopole des télécommunications, obtenue par le consortium Mobin. À croire que presque partout dans cette partie du monde, ce secteur-clé alimente les convoitises... Simultanément, le clan des chefs historiques était forcé de rentrer dans le rang, prélude à une mise à l'écart ; les réformateurs voyaient leur rôle réduit à celui de figurants alors que les conservateurs eux-mêmes paraissaient de plus en plus divisés. Selon un rapport de l'organisation RAND, les gardiens dirigent déjà, depuis 2004, l'aéroport Khomeyni et cette année, ils ont privatisé nombre d'établissements placés sous leur direction, malgré l'avis de l'ayatollah Ali Khamenei. Ils n'en continuent pas moins d'incarner le principal soutien d'un régime affaibli par la crise née de la réélection du président.
Certaines forces présentes sur le terrain pourraient avoir vu dans la relative incertitude qui règne depuis cette date un encouragement à passer à l'attaque, ce qui expliquerait, en partie, les attentats de Pichtin. Et justifierait le point de vue du général Yadollah Javani, chef du bureau politique des gardiens : « Aujourd'hui, il y a ceux qui défendent le régime et ceux qui essaient de le renverser. » Est-ce clair ?
Dans le style langue de bois, difficile de faire mieux. « Il ne fait pas de doute que cet acte violent et inhumain relève d'une stratégie initiée par des étrangers, ennemis du régime et de la révolution, pour détruire l'unité entre chiites et sunnites et diviser les rangs du grand peuple iranien », disait le communiqué publié dimanche soir par l'agence IRNA. Un double attentat venait de se produire dans la localité de Pichtin, au cœur du Sistan-Balouchistan, faisant des dizaines de victimes. Parmi les tués : le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du chef de l'armée de terre des Pasdarans, ainsi que les responsables militaires de la province, ceux des unités d'élite Iranshahr et...
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