Alexis de Tocqueville
« Cela voulait dire que désormais ce qui compte en France pour réussir ce n'est plus d'être "bien né" ; pour réussir, c'est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur », Nicolas Sarkozy, le 13/10/09, à propos de la création du Lycée
par Napoléon Ier en 1802.
Un mal sournois ronge l'Hexagone. Dans la patrie des hussards noirs et de Jules Ferry, de plus en plus d'étudiants sont contraints de travailler pour financer leurs chères études. Selon un récent sondage, un étudiant français dépense en moyenne 770 dollars par mois. Et ce n'est qu'une moyenne. Quand un étudiant en BTS (Brevet de technicien supérieur) dépense 600 dollars par mois, un étudiant inscrit dans une grande école doit débourser 1 260 dollars. Selon une organisation étudiante, « les frais mensuels en région parisienne sont de l'ordre d'un SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) ! », soit environ 1 900 dollars. Dans ces conditions, près d'un quart des étudiants sont contraints de travailler, à temps plein, à mi-temps ou à temps partiel, en parallèle à leurs études.
Signe des temps, la plupart des sites consacrés à la cause étudiante fourmillent de conseils pour dégoter un emploi. « Il faut envoyer votre CV un peu partout, en parler autour de vous, vous servir de vos relations et faire des candidatures spontanées en ciblant les entreprises », peut-on lire sur l'un d'entre eux.
Il y a quelques semaines, le quotidien La Croix consacrait un article à ces étudiants/travailleurs. Clément, étudiant de 22 ans en 3e année de fac, racontait qu'après avoir travaillé en intérim pendant l'été, il avait décroché un emploi de caissier à la rentrée. « Bien sûr, certains horaires de travail se chevauchent avec les heures de cours. Et Clément sait que mener de front job et études a déjà contribué à lui faire redoubler sa 1re année. Mais il n'a pas le choix », note La Croix.
Autre exemple de cette situation difficile, une histoire qui nous est parvenue récemment. Celle de Jean S.. Jean S. a 23 ans. Il a son bac et il est en 2e année de droit. D'aucuns pourraient relever que Jean accuse un certain retard au niveau du cursus. Mais avant de jeter la pierre à Jean, il faut savoir que le jeune homme, comme Clément, travaille en sus de ses études.
En 2008, Jean S. s'est, par exemple, tapé la tournée des marchés de Neuilly-sur-Seine. Un travail de terrain, un travail manuel, dans le sens premier du terme puisqu'il s'agissait de serrer des paluches. Un travail enrichissant puisqu'il apprit au jeune Jean à faire et défaire des alliances. Un travail à l'issue duquel, à force de détermination, il finit par décrocher, en mars, donc en plein second semestre, un job de bureau : conseiller général de Neuilly.
Deux mois plus tard, en juin, pile pendant les exams de fin d'année, Jean S. prenait la direction d'un groupe baptisé « UMP-Nouveau centre » au sein de ce même conseil général. Une offre qu'il ne pouvait refuser, mais qui accrut la charge de travail pensant sur notre bon Jean. Par chance, Jean habitait à côté de son lieu de travail. Un gain de temps inestimable pour qui cumule.
Mais voilà, Jean S. était aussi amoureux. Sérieusement amoureux même puisqu'en septembre, il épousait sa compagne Jessica S.-D.. Jean se retrouva avec une famille à charge. Il fallait assurer. Et pour assurer, il fallait à notre Jean marié un job à la hauteur de son statut. Jean S. « envoya son CV, se servit de ses relations ».
Il y a quelques mois, Jean S. entendit qu'un poste se libérait à l'EPAD. Un certain Patrick D. était atteint par la limite d'âge. Jean fut tenté.
Droit, Jessica, EPAD. Droit, Jessica, EPAD.... Une bonne demi-heure durant, Jean s'interrogea. Jean savait que l'EPAD était bien plus large que ses épaules. Jean sentait que le pari était risqué, presque fou, limite indécent. Jean se souvenait aussi qu'il avait déjà redoublé sa première et sa deuxième année de fac. Pourrait-il mener de front ses études et l'EPAD ? Jean S. savait que l'EPAD pourrait avoir raison de son droit. Mais il savait aussi qu'il avait des devoirs envers Jessica. Il confia ses doutes à son papa, Nicolas S., qui immédiatement le rassura. « Si tu veux l'EPAD, tu peux compter sur moi. »
N'écoutant que la fougue de ses 23 ans et son cher papa, Jean S. décida de faire front. La paix revint sous sa blonde toison. Jean postula, rassuré à l'idée que, quoi qu'il arrive, son papa serait toujours là.

