À partir de là, tout s'est gâté, comme dans un organisme métastasé, incapable de lutter contre le mal implacable qui le ronge. Un recomptage des voix s'imposait donc. L'ennui, c'est qu'on vient d'en modifier les règles de manière à avantager le chef de l'État sortant. Et comme pour ajouter à la confusion, l'un des deux membres afghans de la commission chargée de vérifier les plaintes, Mustapha Barakzaï, a démissionné pour protester contre « les ingérences étrangères » dans le travail de ladite organisation. Le moins étonnant n'est pas qu'il a été rejoint dans son constat - qu'il n'a pas voulu étayer de la moindre preuve concrète - par le président lui-même, furieux, a-t-il fait savoir, d'apprendre que des hélicoptères d'identité inconnue avaient transporté dans le nord du pays des éléments armés chargés de semer le désordre et d'entraver la bonne marche de la consultation.
Incorrigibles, et combien candides, Yankees qui voient dans les urnes l'arme idéale permettant de lutter contre le sous-développement politique et économique. En janvier dernier pourtant, un rapport du département de la Défense concluait que « mettre sur pied un gouvernement afghan compétent et indépendant représente un lent processus qui nécessitera quelques décennies au moins ». L'état de la sécurité est tel, notait un autre rapport, qu'aucun conseiller étranger n'oserait se hasarder hors de Kaboul. Quant au système judiciaire, la confiance qu'il inspire pousse un éventuel plaignant à s'adresser plutôt aux tribunaux talibans. Organiser une présidentielle, dans ces circonstances, en présence, si l'on peut dire, d'un pouvoir inexistant hors des murailles de la capitale, d'une insurrection qui gagne chaque jour du terrain, d'un système régi par les ethnies et les tribus dont rien n'a pu ébranler les assises, d'une corruption qui ne prend même plus la peine de se cacher, relève d'une gageure impossible à tenir.
C'est dans une conjoncture aussi dangereuse que survient la demande faite par le général Stanley A. McChrystal, commandant en chef des troupes de l'OTAN engagées dans cette guerre absurde à plus d'un titre, d'un accroissement de ses effectifs. La requête, croit-on savoir, aurait porté dans un premier temps sur un total de 80 000 hommes supplémentaires, un chiffre jugé excessif par la Maison-Blanche et qui pourrait être divisé par deux, ce qui porterait le total à quelque 108 000 GI. Si l'on ajoute à leurs efforts militaires le fait que, depuis 2001, l'Afghanistan a englouti plus de 13 milliards de dollars fournis par les États-Unis, on comprend la grogne du contribuable, les hésitations de la présente administration démocrate, mais aussi, au vu des résultats minimes obtenus à ce jour, celles de leurs partenaires au sein de l'alliance, réticents à s'éterniser dans une voie apparemment sans issue.
Les risques se trouvent accrus par la proximité d'un Pakistan où l'empreinte des talibans est de plus en plus visible. Hier encore, un attentat a ensanglanté la ville d'Alpuri, au cœur de cette vallée de Swat où l'armée est tout aussi présente qu'impuissante à neutraliser l'ennemi. Il semble bien que la jonction talibans/el-Qaëda soit désormais un fait acquis, accélérant les divisions dans les rangs de l'équipe Obama. Le vice-président Joe Biden, contrairement au tandem Hillary Clinton-Robert M. Gates, ne voit pas dans la crise afghane une menace directe pour Washington. Il vient d'être désavoué, quoique indirectement, par le président : une étude est en cours pour élaborer une parade au fait que les « étudiants en religion » recrutent leurs partisans dans les prisons aménagées par les troupes américaines.
Eh oui, l'ennemi est bel et bien dans la maison.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef