La discussion animée a commencé par une question de Jeffrey Sachs sur le fait de savoir si le monde était réellement sur la voie d'accomplir quelque chose au niveau des négociations mondiales sur le climat. La voix la plus optimiste, celle qui a tout au long appelé à rester positifs, est celle de Nicolas Stern. Il a rappelé qu'il y a trois ou quatre ans seulement, la question du changement climatique n'était même pas proche d'être intégrée dans l'agenda des hommes politiques.
« Tout le monde sait qu'il faut agir parce que nous sommes conscients de ce qui nous attend, a déclaré M. Stern. Nous allons vers des températures qui n'ont pas été atteintes depuis 30 millions d'années, alors que les humains existent peu ou prou depuis quelque 200 000 ans. Ces grands changements provoquent d'importantes migrations, ce qui présage de grands conflits. C'est existentiel et il faut le comprendre. »
Le grand économiste pense cependant que cette période doit être celle de la « transition » et qu'il faut saisir sa chance durant les trois ou quatre décennies qui viennent. « On peut le faire, a-t-il répété. Nous avons besoin de nouveaux standards, de régulations et de transfert de technologies. »
Une hausse de plus de 2 degrés ?
À une autre question de Jeffrey Sachs - quoi faire ? -, l'expert du GIEC rappelle que l'humanité n'a que très peu expérimenté, jusque-là, les effets du changement climatique. Pour M. Van Ypersele, le phénomène a déjà commencé, et il faudra dans tous les cas s'adapter aux caprices du climat qu'il ne sera pas possible d'empêcher, tout en essayant de se prémunir contre des conséquences plus graves. « Mais l'adaptation coûte cher, a-t-il dit. Il faudra prendre des mesures strictes de limitation des émissions. »
Le changement climatique a déjà commencé, mais la quantité de CO2 lâchée dans l'atmosphère est-elle garante, à elle seule, de provoquer à terme une hausse de 2 degrés et plus, comme le suggèrent certaines théories ? C'est Stefan Rahmstorf qui a répondu à cette interrogation de Sachs. Pour lui, cette théorie serait « idéaliste ». « C'est la quantité globale de CO2 dans l'atmosphère qui compte vraiment, explique-t-il. Il ne serait pas trop tard pour tenter de rester en deçà de ce chiffre, mais c'est quand même une course contre la montre. Plus on tarde, plus la limitation des émissions sera difficile et coûteuse. »
Pour sa part, Katherine Richardson pense qu'il est toujours temps d'agir pour rester en deçà d'une hausse de 2 degrés, « mais pas en suivant la trajectoire actuelle ». « Je reste optimiste, mais il faut garder en tête que les ressources de la terre ne sont pas illimitées et prendre en compte le droit des générations futures », a-t-elle dit. La scientifique danoise rappelle que son pays s'est donné pour objectif une économie fondée sur le concept de zéro carbone.
Le droit des générations futures et la question d'éthique ont été abordés par Peter Singer. « Nous sommes dans une situation où les pays riches constituent un danger pour le reste du monde, a-t-il expliqué. Et cela va empirer. Je ne crois pas que les pays riches se rendent compte de l'étendue de cette injustice. » Pour lui, « il faut changer la façon d'aborder ce problème et adopter un système équitable de calcul des émissions dans le monde entier ».

