Le groupe, qui porte haut et fort l'étendard de la scène blues de Chicago « Play ‘em Loud, Play'em Proud » tout en se limitant à l'essentiel avec beaucoup de classe a séduit par sa maturité, son aisance et sa simplicité. Au programme de la soirée, des morceaux de Magic Sam, Albert King, Otis Rush, Elmore James, Buddy Guy... Joués avec passion et bonheur. Heureux, les festivaliers ont siroté leurs boissons durant l'intermède d'une vingtaine de minutes en attendant l'apparition (car c'en est une !) d'Ilene Barnes sur une scène plongée sous les spots bleus.
Grande, altière, vêtue d'un fuseau violet à paillettes et d'une légère chemise blanche, elle entame un premier morceau et c'est tout l'héritage de l'Afrique, et du gospel américain, qui est distillé par ses cordes vocales.
« Voilà dix ans qu'Ilene Barnes trace une route musicale différente, unique », lit-on sur la couverture de son dernier album Here's to you (lequel de nombreux nouveaux fans se sont empressés d'acheter à la sortie). L'Américaine, qui possède une palette sonore très étendue, nous a ensuite offert de superbes chansons de son cru, jouées avec des musiciens généreux qui nous donnent envie de les louer de part et d'autre. À signaler parmi eux la présence de Javier Estrella, batteur et percussionniste argentin d'origine libanaise. Alvaro Bello (guitare et basse) et Jean-Baptiste Ferre, (piano et clavier) complètent l'heureuse formation.
Le style de Barnes ? Quelque part entre folk-rock, soul, jazz et cent autres influences, il reste élégamment inclassable. Quelque part certainement entre Nina Simone et Tracy Chapman. Et sur scène, son intensité est inflammable. Tour à tour sensuelle et féline, ou petite fille rêveuse, ou encore masculine et rebelle ou éthérée, et tellurique, elle fascine par l'étendue des rôles qu'elle adosse avec tant de naturel. De la délicatesse enfantine attendrie (Lilie's Song) à la notion de combat incessant (Shout), en passant par le simple plaisir d'un blues revendicatif (Make Me Shine), ou le déhanchement sensuel d'un reggae, en passant par de troublants voyages, dans une Argentine sensuelle (Tango), au royaume de sa petite enfance (Lady, en hommage pudique à sa mère), ou en souvenir (performance a capella d'une chanson dédiée à Nina Simone « que j'ai connue dans mon enfance lorsqu'elle venait nous rendre visite a la maison », évoque Barnes, émue).
Par son chant, la jeune artiste nous communique sa ferveur, son engagement, ses doutes et combats, et nous montre la voie. Une voix royale.

