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Liban - La Situation

La décrispation attend les résultats des conversations secrètes syro-saoudiennes


Des gangs à motos, des bastonnades nocturnes, des règlements de comptes à l'arme blanche...
Pour un hommage à Francis Ford Coppola, actuellement sur le territoire libanais, on ne pouvait pas faire mieux. Ceux qui sont familiers de l'œuvre du grand réalisateur se souviendront qu'il adapta à l'écran, au début des années 80, deux romans sur des affrontements entre bandes rivales de jeunes dans la banlieue de Tulsa : The Outsiders, le film qui lança notamment la carrière d'acteurs comme Tom Cruise, Matt Dillon ou Patrick Swayze, et Rumble Fish, avec un inoubliable Mickey Rourke en voyou-poète qui fait tout pour échapper à la fatalité et empêcher son jeune frère, incarné par Matt Dillon, de lui emboîter le pas dans la délinquance.
Certes, l'on peut parier que les habiles et sournois prestidigitateurs qui se cachent derrière les incidents de Aïn el-Remmaneh ne savent pas grand-chose de Coppola ou des subtilités de son œuvre, quand bien même ils doivent compter la trilogie du Parrain au rang de leurs films-cultes, ou encore fantasmer à répétition sur la scène d'Apocalypse Now où le lieutenant-colonel William « Bill » Kilgore, interprété par Robert Duvall, fait canarder les Vietnamiens au rythme de la Chevauchée des Valkyries de Wagner en déclarant, euphorique, sinon extatique, « aimer l'odeur du napalm au petit matin »... Qu'importe, puisque notre « metteur en scène » local, qui tente de semer une discorde itinérante de Aïn el-Remmaneh à Tripoli, a appris son métier de pyromane sur le tas, a eu tout le temps de « se faire la main », comme on dit... un peu comme Quentin Tarantino en somme (qui assimila le septième art en travaillant des années durant dans une vidéothèque), et avec le même succès au demeurant, un « carton » assuré (littéralement parlant), vu le nombre de victimes annuelles qui tombent dans les rangs des civils, sans pour autant que l'autorité de l'État ne l'emporte ne serait-ce même qu'une fois...
De Coppola, le semeur de zizanies locales aura tout de même hérité la vision « cinématographique » (certainement pas l'élan humaniste en tout cas), puisqu'il a choisi l'ancienne ligne de démarcation Chiyah-Aïn el-Remmaneh, lieu symbolique qui évoque dans la conscience collective le spectre de la guerre civile, pour tenter de déstabiliser la scène interne.
Si de grands efforts ont été déployés par toutes les parties, notamment côté chrétien, pour calmer le jeu et tenter de dépolitiser l'affaire pour éviter que le chaudron du diable n'éclate une fois de plus à la figure de tout le monde, il reste que l'incident en lui-même comporte un message d'une parfaite netteté, à savoir que la situation peut déraper à tout moment tant que la crise politique perdure et que le cabinet n'est pas formé. En d'autres termes, il s'agirait, encore une fois, d'un moyen de faire pression par des moyens extrapolitiques, par la violence, pour forcer la solution politique, et « persuader » le président de la République (Chiyah recèle d'ailleurs pour lui de bien sinistres souvenirs du temps où il était encore commandant en chef de l'armée - et surtout candidat à la présidence - en janvier 2008) et le Premier ministre désigné de hâter le processus de formation du cabinet, et d'accepter ainsi sans trop tergiverser les conditions de l'opposition.
Quoi qu'il en soit, le point marquant de la journée d'hier a sans doute été la demande faite par une série de personnalités chrétiennes aux responsables de la sécurité du pays de faire installer une position de l'armée entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh (similaire à celle que l'on retrouve dans certains quartiers chauds de Beyrouth) pour contenir une éventuelle reproduction de tels incidents. Quant à la position de Michel Aoun, qui a fait assumer la responsabilité de l'incident aux municipalités sans trop se préoccuper de dénoncer l'usage illicite de cette milice de mobylettes qui s'étaient avérées particulièrement efficaces le 7 août 2008, elle en a étonné plus d'un, dans la mesure où le chef du CPL possédait lui-même autrefois une attitude férocement critique à l'égard des mesures sécuritaires localisées, qui lui rappelaient sans cesse le temps peu glorieux des milices et de la « sécurité personnelle »...  
Par ailleurs, certains observateurs n'ont pas manqué de faire le rapprochement entre les incidents de mardi soir et le sommet saoudo-syrien qui a débuté hier à Damas. La tentative de déstabilisation sécuritaire pourrait être expliquée de deux manières différentes. Ainsi pourrait-il s'agir d'une tentative syrienne de montrer à la communauté arabe et internationale, à la veille du sommet, que Damas reste le faiseur (ou le défaiseur) principal de sécurité au Liban, une manière de faire monter les enchères et d'initier directement les négociations avec Riyad. Il convient de noter, dans cet esprit, que le régime syrien a usé à maintes reprises de ce stratagème de déstabilisation au Liban à la veille du dialogue avec un acteur influent, pour négocier « à chaud ». Une deuxième théorie voudrait que ce soit Téhéran qui manifeste une certaine nervosité sur le terrain, dans la mesure où le dialogue syro-saoudien se fait - contrairement à ce que souhaite montrer la presse syrienne à travers ses éditoriaux musclés aux anabolisants - dans un contexte global où la porte de l'Occident passe désormais, pour Damas, par Riyad, très loin de Téhéran.
De toute évidence, il faudra attendre les premiers signes concrets, dans les prochaines heures, de la nouvelle page ouverte entre l'Arabie saoudite et la Syrie, pour savoir ce qu'il en est. Des signes qui se traduiront inévitablement en premier sur la scène politique libanaise, le pays du Cèdre restant irrémédiablement le laboratoire permanent de toutes les expériences psychédéliques possibles et inimaginables.

Des gangs à motos, des bastonnades nocturnes, des règlements de comptes à l'arme blanche...Pour un hommage à Francis Ford Coppola, actuellement sur le territoire libanais, on ne pouvait pas faire mieux. Ceux qui sont familiers de l'œuvre du grand réalisateur se souviendront qu'il adapta à l'écran, au début des années 80, deux romans sur des affrontements entre bandes rivales de jeunes dans la banlieue de Tulsa : The Outsiders, le film qui lança notamment la carrière d'acteurs comme Tom Cruise, Matt Dillon ou Patrick Swayze, et Rumble Fish, avec un inoubliable Mickey Rourke en voyou-poète qui fait tout pour échapper à la fatalité et empêcher son jeune frère, incarné par Matt Dillon, de lui emboîter...
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