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Moyen Orient et Monde - Le Point

Valse-hésitation

Les Palestiniens ont chaque jour la confirmation de ce que l'immense majorité d'entre eux savaient déjà : le leader dont on les a dotés, à leur corps défendant, n'est pas un nouveau Yasser Arafat - il s'en faut. Le résident de la Mouqataa, à Ramallah, aurait cherché à mécontenter tout le monde qu'il n'aurait pas aussi parfaitement réussi. Depuis la semaine dernière, ses infortunés concitoyens lui en veulent pour ce qu'ils estiment être une trahison - un crime politique, disent certains -, les Israéliens pour son échec à son premier examen de passage sérieux, ses pairs arabes pour sa menace, à peine voilée, de les jeter en pâture à leur opinion publique, les Occidentaux mais aussi les Chinois et les Russes pour s'être, en définitive, montré un allié peu fiable. Difficile de faire mieux, surtout que votre mandat de président de l'Autorité palestinienne a expiré il y a des mois et que votre réélection, en janvier prochain, est loin d'être acquise.
Ce qui aurait dû, pour la cause arabe numéro un, représenter un triomphe s'est transformé, grâce à ce gaffeur hors pair, en une bérézina sans précédent. Au point que samedi, le parti al-Balad, porte-parole, avec la formation Hadash, des citoyens arabes d'Israël, a organisé à Akka (l'ancienne Saint-Jean d'Acre) une manifestation pour réclamer la tête de celui qui « ignore les crimes de l'occupant, et même les absout, se privant ainsi du droit de représenter son peuple ». À Gaza, les condamnations ont atteint leur point d'orgue avec l'apparition sur les murs de portraits d'Abou Mazen barrés d'un grand X et portant l'inscription suivante : « Dans les poubelles de l'histoire, toi le traître. » L'initiative est l'œuvre d'un groupe d'intellectuels et de professeurs d'université qui ne veulent pas, pour l'instant, révéler leurs noms.
À l'origine, un rapport dont les auteurs, un groupe dûment mandaté par les Nations unies et ayant à sa tête un magistrat au-dessus de tout soupçon, le Sud-Africain Richard Goldstone, condamnent de la manière la plus explicite les abus commis lors de la guerre contre l'enclave, en décembre 2008-janvier 2009, assimilés à des crimes contre l'humanité. Petit détail qui a son importance : les auteurs du document accusent aussi le Hamas, qui a feint de l'ignorer, ne voulant y voir qu'un témoignage sur les atrocités de l'ennemi. Il était prévu à l'origine que le texte atterrirait devant les 49 membres du Conseil des droits de l'homme, à Genève, accompagné d'un projet de résolution condamnant l'État hébreu pour son refus de collaborer avec la commission d'enquête. Las ! La procédure, censée déboucher ensuite sur un débat au Conseil de sécurité de l'ONU, a été retardée à mars prochain, à la demande expresse des États-Unis, soutenus par... Mahmoud Abbas. Ce dernier, devait-on découvrir par la suite, avait cédé aux pressions, véhiculées par le consul général US à Jérusalem, de Hillary Clinton et aussi devant les démarches pressantes de certains pays membres de la Ligue, dont l'un de ses principaux lieutenants, Saëb Erakat, menace aujourd'hui de révéler les noms.
On dira que tout cela n'est pas très clair mais, après tout, nous sommes au Proche-Orient, région où les passions ont leurs raisons que la raison ne connaît pas. La preuve ? Devant l'instance onusienne suprême, l'adoption dudit rapport se serait heurtée au veto non seulement des USA mais également de la Grande-Betagne et de la Chine, peut-être aussi à celui de la Russie, alors qu'un unique « contre » eût suffi. Tout cela au nom de la paix. Explication : la démarche aurait sonné le glas des efforts entrepris par le concert des nations - on est prié d'effacer, sur ses traits, toute trace de sourire sardonique - pour mettre de l'ordre dans la maison arabo-israélienne. Yasser Abed Rabbo est allé plus loin dans l'absurde, évoquant la nécessité de mettre à profit le temps ainsi gagné pour enrôler de nouveaux appuis internationaux aux conclusions de la pièce à conviction Goldstone.
Jusqu'à présent, la seule capitale à faire semblant de prendre au sérieux l'affaire est Tripoli. L'ambassadeur adjoint de Libye, Ibrahim Dabbachi, vient de réclamer, au nom du groupe arabe au Palais de Verre et des Palestiniens abbassiens, la convocation d'une réunion urgente du Conseil de sécurité. Quand on pense qu'il y a quelques jours à peine, le frère Mouammar Kadhafi avait solennellement déchiré, devant les représentants des quelque 190 pays membres, la Charte de l'ONU, on est en droit, un rien dubitatif, d'éprouver des démangeaisons au niveau de l'occiput.
Aux dernières nouvelles, le brave Abou Mazen n'a pas changé d'opinion et s'agrippe à son « oui-non, mais... ». Les principes toujours.
Les Palestiniens ont chaque jour la confirmation de ce que l'immense majorité d'entre eux savaient déjà : le leader dont on les a dotés, à leur corps défendant, n'est pas un nouveau Yasser Arafat - il s'en faut. Le résident de la Mouqataa, à Ramallah, aurait cherché à mécontenter tout le monde qu'il n'aurait pas aussi parfaitement réussi. Depuis la semaine dernière, ses infortunés concitoyens lui en veulent pour ce qu'ils estiment être une trahison - un crime politique, disent certains -, les Israéliens pour son échec à son premier examen de passage sérieux, ses pairs arabes pour sa menace, à peine voilée, de les jeter en pâture à leur opinion publique, les Occidentaux mais...
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