Pour tenter de contrer la tendance, le ministère des Biens religieux a distribué des livrets condamnant le port du niqab (voile intégral), le qualifiant de tradition tribale et non d'impératif islamique. Le ministère de la Santé interdit déjà depuis l'an dernier aux infirmières des hôpitaux publics de le porter. Une grande majorité des Égyptiennes musulmanes portent le hijab, un foulard cachant les cheveux et le cou, mais laissant le visage découvert. Mais le nombre de femmes portant le niqab est en augmentation depuis quelques années. Ce voile intégral ne laissant apparaître qu'une mince fente pour les yeux, parfois accompagné de gants, s'est répandu dans les pays arabes sous l'influence de l'islam wahhabite en provenance d'Arabie saoudite.
La polémique a rebondi lundi avec des déclarations de l'imam de la prestigieuse mosquée cairote d'al-Azhar, Mohammad Sayyed Tantaoui, ordonnant à une collégienne d'ôter son niqab. « Le niqab n'est qu'une tradition, il n'a pas de lien avec la religion », a affirmé, selon le journal al-Masri al-Yom, cheikh Tantaoui, qui est nommé par le gouvernement. Le religieux s'est dit déterminé à interdire son port dans les lycées dépendant d'al-Azhar. Ces déclarations sont intervenues après une décision controversée, appliquée depuis le début de l'année universitaire, interdisant l'accès des résidences de l'Université du Caire aux étudiantes portant le niqab. L'université et le ministère de l'Enseignement supérieur démentent avoir pris un décret antiniqab, mais le fait est que des étudiantes portant le voile intégral ont été arrêtées par des gardes lorsqu'elles ont tenté de regagner leur chambre, a constaté un journaliste de l'AFP.
« Je ne comprends pas leur point de vue. Si c'est une question de sécurité, nous pouvons découvrir notre visage et montrer notre carte d'identité », dit Heba, étudiante vétérinaire en quatrième année, qui loge dans la résidence. L'un des gardes affirme à l'AFP avoir reçu l'ordre de ne pas laisser pénétrer de femmes portant le niqab. « Le niqab n'était pas un problème pour nous. Elles montraient leur visage quand on le leur demandait. J'ai été surpris par la décision », a-t-il ajouté. Le porte-parole du ministère de l'Enseignement supérieur, Adli Reda, explique que les étudiantes doivent bien découvrir leur visage à l'entrée, parce que des hommes affublés d'un niqab ont à plusieurs reprises été arrêtés, alors qu'ils tentaient d'entrer dans des résidences.
Pour Hossam Nahgat, de l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), la décision n'a rien à voir avec la sécurité. « Il s'agit clairement d'une tentative pour décourager le port du voile intégral », affirme le représentant de cette organisation non gouvernementale (ONG).
D'après des analystes, la tendance fondamentaliste salafiste, qui s'impose au grand jour avec le niqab, inquiète le gouvernement et al-Azhar. L'Égypte a plusieurs fois été le théâtre d'attentats commis par des islamistes, comme l'assassinat du président Anouar Sadate en 1981. Cette année, les services de sécurité ont annoncé avoir démantelé deux cellules islamistes, dont l'une est accusée d'avoir perpétré un attentat en février, dans lequel une adolescente française a été tuée. « Le salafisme inquiète le gouvernement », indique Diaa Rachwane, un spécialiste des mouvements islamistes. Et al-Azhar « s'est toujours méfié des autres tendances qui défient sa légitimité ».


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