À Berlin l'autre soir, on parlait peu d'Angela Merkel et beaucoup de Guido Westerwelle, son nouveau compagnon de route pour les années à venir, qui supplantait les socio-démocrates, battus à la fois par leur alliée et par leur aile gauche, Die Linke, victimes aussi de ce fameux « mur dans la tête » qui continue de séparer Allemands de l'Ouest et Allemands de l'Est et empêche socialistes du premier camp et communistes du second de fusionner. Léger avantage à la droite.
À Athènes, le couperet est tombé, le 4 octobre, sur une formation de centre-droit, la Nouvelle démocratie de Costas Caramanlis, dont le parcours, étalé sur une période de cinq ans, aura été émaillé d'innombrables scandales, plus récemment d'une incapacité - somme toute compréhensible, mais jusqu'à un certain degré seulement - à gérer un déficit budgétaire aux proportions cataclysmiques, doublé d'une dette publique évaluée à 103 pour cent du PIB, ce qui fait de la Grèce la lanterne rouge de la zone euro. Il est raisonnablement permis de douter que Georges Papandréou puisse faire mieux que son prédécesseur, même s'il promet de taxer plus lourdement les hauts revenus et d'injecter trois milliards d'euros dans une économie dangereusement vulnérable. Net avantage à la gauche « rose bonbon ».
Ailleurs en Europe, le paysage politique paraît tout aussi brumeux. Au Portugal, le PS vient d'être reconduit à la direction des affaires mais aura laissé en route quelques plumes puisqu'il ne dispose plus de la majorité absolue, alors que chez le voisin espagnol, l'équipe de José Luis Rodriguez Zapatero traîne les pieds en même temps que quelques tintinnabulantes casseroles qui risquent de lui coûter cher lors de la prochaine concertation populaire.
Il conviendrait, par pure charité chrétienne peut-être, de passer sous silence le cas de la France et de ses socialistes qui n'en finissent pas - au fil des législatives, de la désignation du secrétaire général à la moindre question soulevée devant l'Assemblée nationale, et jusqu'au choix d'un adjoint au maire de Trifouilly-les-Oies - de s'entre-déchirer comme jamais depuis que le parti a été ressorti des limbes. Grâce soit rendue à l'auteur de ce miracle, le regretté François Mitterrand, au lendemain des errements de l'après-Seconde Guerre mondiale et l'estocade représentée par l'irruption sur la scène publique du général de Gaulle. Alors que les effets de cette résurrection commencent, en cette fin de première décennie du XXIe siècle, à s'estomper, le philosophe Bernard-Henri Lévy, que l'on avait connu ardent défenseur de la cause de la rose, n'hésite pas, quand on l'interroge, à formuler son diagnostic : « Le PS est mort. Personne, ou presque, n'ose le dire. Mais tout le monde, ou presque, le sait », avant d'ajouter : « Il faut en finir le plus vite possible avec ce grand corps malade. »
Diable ! - Ou juste ciel !...
À l'autre extrême de l'échiquier, c'est déjà fait. La droite est morte le jour où ses dirigeants ont entrepris de puiser, avec le succès que l'on sait, dans le programme de l'adversaire, et même de recruter de nouveaux alliés dans son état-major, le privant ainsi d'une partie de son arsenal. Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, la gauche ainsi mise à nu fait valoir que, après tout, ses idées sont bonnes puisqu'elles font l'objet d'un chapardage en règle. L'ennui pour elle, c'est qu'elle ne saurait, en retour, braconner en terres voisines ; tout au plus pourrait-elle dénoncer, ce qu'elle ne manque pas de faire, les traîtres qui piquent un sprint pour prendre le train en marche et rappeler que, pour ceux-là, « le peuple a fabriqué le verbe raguser » (L'Aiglon, d'Edmond Rostand).
En définitive, on peut s'en féliciter ou s'en désoler mais le fait est là : le vote « héréditaire » n'existe plus, quand on était « rouge » et fils de « rouge ». Les électeurs migrent, les programmes aussi, comme la main-d'œuvre, comme les cerveaux. Cela s'appelle la mondialisation.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef