Aujourd'hui ils y sont ; d'utopie, le rêve est devenu réalité. Après le règne de Salomon vers 970, le royaume d'Israël est divisé en deux : l'un regroupe dix tribus installées en Cisjordanie et en Galilée et l'autre, situé à Jérusalem, constitue le royaume de Juda, dirigé par David et Salomon. Après des siècles d'errance, de massacres et d'expulsions, les Israéliens considèrent ce territoire comme faisant partie de leur « héritage sacré ». La Cisjordanie, ou Judée et Samarie, « héritage sacré » sans nul doute dans l'esprit de tout juif. Gaza n'a pas la même vocation sacrée. Les enfants israéliens apprennent cela à l'école.
La volonté du retour à la forteresse de Sion a toujours été revendiquée pendant des siècles par les intellectuels juifs. Au milieu du XIXe siècle, en 1853, le comte de Shaftesbury signalait au Premier ministre britannique Aberdeen que « la Grande Syrie est une terre dépourvue de nation, qui a grand besoin d'une nation sans terre ». Treize ans avant Théodore Herzl, Emma Lazarus, poétesse juive américaine d'origine portugaise, dont le judaïsme latent fut renforcé par les pogroms russes de 1880, une militante annonciatrice du sionisme demandait la création d'un foyer juif sur la terre de Palestine.
Le 14 mai 1948 David Ben Gourion annonçait la renaissance de l'État d'Israël après presque 2 000 ans d'absence. Depuis cette date, l'idée du partage n'est toujours pas acceptée. Parfois, c'est les uns qui la refuse, parfois c'est les autres.
De la promesse d'un « foyer national juif » en Palestine le 2 novembre 1917 au partage de la Palestine en deux États, un juif, l'un arabe et une zone médiane assurant l'accès aux lieux saints proposé par Robert Peel en 1937, de la proposition du plan de Ygal Allon octroyant 30 % de la Cisjordanie à Israël et 70 % à la Jordanie au retour à la proposition de deux États, que reste-t-il de la Palestine ? Seulement 20 % de la Palestine au moment du mandat britannique est sous contrôle palestinien ? Aujourd'hui, Netanyahu exige qu'Israël soit reconnu comme État juif ; État dont les frontières ne sont pas encore tracées avec la Palestine. Où se situent les frontières d'Israël ? Quelles frontières négocier, les frontières stratégiques, les frontières bibliques ? Ou bien celles de juin 1967 ?
Cette dernière décennie, depuis les accords d'Oslo, a vu plus d'un demi-million de juifs installés dans les colonies, dont plus de 200 000 à Jérusalem-Est. La coexistence entre Israéliens et Arabes est de plus en plus mal acceptée et menacée pour les 1,2 million de citoyens arabes. Les multiples déclarations hostiles des responsables israéliens sont claires. Les ambitions des Arabes d'Israël sont ailleurs qu'ici, déclarait Tzipi Livni. Ehud Olmert affirmait que les frontières stratégiques d'Israël se situent sur le Jourdain. Ariel Attias, ministre israélien de l'Habitat, a proclamé devant l'Association des juristes israéliens, que « juifs et Arabes devraient s'abstenir de cohabiter » (2). Demain comme aujourd'hui, la colonisation se poursuivra. En dépit des sourires de rigueur et des pressions internationales, Israël reste le champion des équations à solution impossible. État palestinien, oui, mais démilitarisé et sans retour des réfugiés, contre la reconnaissance de la judaïcité permanente et légitime d'Israël, avec Jérusalem comme capitale une et indivisible.
De la colonisation vertigineuse et sauvage de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est à la construction du mur de séparation, de l'annexion des terres palestiniennes à la volonté d'expulser les Arabes d'Israël, de la violence verbale à la barbarie de la guerre, les Israéliens font tout pour saper la solution des deux États et poursuivre la judaïsation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Nous saluons en ces temps difficiles la position courageuse de M. Javier Solana qui a estimé que « le Conseil de sécurité des Nations unies devrait reconnaître la Palestine dans un délai donné, même si Israël et les Palestiniens ne sont pas parvenus à un accord. Passé une échéance donnée, une résolution du Conseil de sécurité devrait proclamer l'adoption d'une solution à deux États ». Cette déclaration, faite lors d'une conférence à Londres, de Javier Solana, haut représentant de la diplomatie européenne, constitue une véritable avancée dans le processus de paix.
Entre le rêve de paix et une réalité amère, le conflit risque de perdurer indéfiniment si une solution pacifique, négociée et acceptée par tous, prévoyant la création d'un État palestinien viable et indépendant ne voit pas le jour.
Sommes-nous à la veille d'une promesse historique comparable, un siècle plus tard, à celle qui a vu naître Israël ? De la promesse de Lord Balfour à celle de Javier Solana verra-t-on renaître un État palestinien viable ?
Les malheurs du monde sont, de nos jours, une responsabilité partagée par les divers acteurs, mais aussi par les plus lointains spectateurs. Personne ne peut s'arroger le statut de spectateur passif, car les brindilles de l'incendie risquent de l'atteindre. Les malheurs comme l'économie et la politique se mondialisent.
Tout échec de la communauté internationale risque de voir la région glisser vers des conflits de plus en plus meurtriers et sanglants. Dans ce dernier cas, il serait fort approprié de rejoindre Régis Debré (3) dans ses prévisions sur l'avenir, qui signale que dans l'état actuel des choses « l'État palestinien viable et indépendant » fait partie de ces faux-semblants de politesse dont la répétition mécanique nous évite de penser, de regarder et d'écouter, et surtout permet de laisser jouer tranquillement sur place les rapports de force, jusqu'à ce que tout soit consommé ; et les Israéliens devraient cesser de croire que le monde est dupe ».
Encore une fois, comme il y a des millénaires, la région est exposée au chaos. Cela n'est dans l'intérêt de personne. Nul ne peut, seul, faire prévaloir son bonheur et jouir de sa sécurité en ignorant les autres.
(1) « Dictionnaire amoureux du judaïsme ». (Plon Fayard). Jacques Attali.
(2) « L'Orient Le Jour », 4 juillet 2009, page 10.
(3) « Un candide en terre sainte ». Page 380. (Gallimard). Régis Debré.


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