Cette visite - la première en 40 ans - aura également été mémorable en raison surtout de l'accueil « frigorifique » que le « guide de la révolution » a reçu dans la « Big Apple ». Mouammar Kadhafi aura en effet tout essayé pour louer un terrain afin d'y planter sa tente bédouine - comme il a l'habitude de faire lors de ses déplacements à l'étranger -, mais en vain. Aucun New-Yorkais ne semblait prêt à l'avoir comme voisin.
Pourtant, le leader libyen avait, en un premier temps, réussi à louer un terrain, appartenant au richissime promoteur immobilier Donald Trump, à Bedford, une banlieue huppée de New York. Mais alors que les ouvriers avaient entamé l'installation de la tente de M. Kadhafi, les autorités sont intervenues pour interrompre les travaux, en raison « d'infractions aux règlements en vigueur ». Dans un communiqué, Donald Trump a affirmé qu'il avait loué le terrain à court terme à des partenaires « moyen-orientaux » sans savoir qu'ils étaient « liés » à Tripoli.
Un mois plus tôt, les autorités libyennes avaient envisagé d'installer la tente de M. Kadhafi sur un terrain du New Jersey appartenant à l'ambassade libyenne, mais le projet a finalement été abandonné en raison de la forte contestation des résidents de la région, dont nombre de proches des victimes de l'attentat de Lockerbie. Quelques semaines plus tard, la délégation libyenne loue les trois premiers étages du Pierre Hotel, l'un des établissements les plus luxueux de la métropole. Là encore, le projet tombe à l'eau : la direction de l'hôtel décide d'annuler la réservation face au mécontentement de ses clients. Une demande de monter la tente à Central Park, en plein cœur de Manhattan, avait également été rejetée quelques jours auparavant.
Désespérés, les membres de la délégation libyenne décident alors de changer de tactique : ils trouvent une très jolie maison de six étages dans un quartier au nord-est de New York et décident que, pour la louer, ils devront cacher leur identité. Ils se font ainsi passer pour... des Hollandais. L'un d'eux se fait même appeler Ronald ! « Pas besoin d'être un expert en linguistique pour sentir qu'il y avait quelque chose de louche dans leur accent, confie au Times Jason Haber, l'agent immobilier contacté par la délégation. Mais ce n'est que lorsque nous nous sommes échangés des e-mails que j'ai découvert leur véritable identité ainsi que celle de leur chef : leur adresse électronique provenait tout bêtement de l'ambassade libyenne ! » « Ils étaient très persistants et très arrogants, raconte encore l'agent immobilier. Ils voulaient louer les trois premiers étages de la maison à tout prix alors qu'ils n'étaient pas tous disponibles. Finalement, je leur ai dit qu'ils n'auront la maison que s'ils renvoient Abdel Basset Ali al-Megrahi (l'auteur de l'attentat de Lockerbie) en Écosse pour écoper la totalité de sa peine en prison. Là, ils m'ont tout de suite raccroché au nez. »
En se faisant rejeter successivement ses demandes de location, Mouammar Kadhafi aurait-il été victime de discrimination à New York ? Huit ans après le 11-Septembre, un sondage démontre qu'au moins un Arabe sur quatre aux États-Unis s'est senti discriminé et que 11 % des cas concernent précisément l'habitat.
Mais, heureusement pour le leader libyen, le système américain est un système démocratique où le respect des droits de l'homme est primordial. La loi fédérale stipule, en effet, qu'il est interdit de refuser la vente ou la location d'une maison ou d'un appartement à une personne en se basant sur sa race, sa couleur, sa religion ou son statut social. Quiconque ayant été victime de ce genre de discrimination est fortement encouragé par le département de l'Habitat à déposer une plainte en remplissant un formulaire en ligne (téléchargeable à partir de l'adresse suivante www.hud.gov/offices/fheo/online-complaint.cfm ou bien en appelant gratuitement le 1 (800) 669-9777. Vive la démocratie !


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