La chancelière, immensément populaire, a annoncé elle-même une heure après la clôture du scrutin la formation de cette nouvelle coalition qu'elle appelait de ses vœux pour gouverner la première puissance économique européenne, frappée par une récession sans précédent. « Nous pouvons ce soir célébrer la victoire. Nous avons réussi à obtenir une majorité solide, pour former un nouveau gouvernement de la CDU/CSU (les Unions conservatrices) et du FDP, et c'est bien », a déclaré Mme Merkel au quartier général de son parti à Berlin. « Je veux être la chancelière de tous les Allemands, afin d'améliorer la situation de notre pays », a-t-elle ajouté.
La CDU/CSU enregistre toutefois son plus mauvais score depuis 1949, avec 33,4 % des voix selon la chaîne ARD, 33,8 % selon ZDF. La participation atteint un niveau historiquement bas : 72,5 % contre 77,7 % il y a quatre ans. Le FDP recueille 14,7 % ou 14,8 % des voix, le meilleur score qu'il ait jamais atteint, et retrouve ainsi son rôle traditionnel de « faiseurs de rois » après une cure d'opposition de onze ans. Le chef du FDP, Guido Westerwelle, s'est félicité de « ce résultat excellent » et a promis de faire en sorte que l'Allemagne ait un « système fiscal équitable, d'améliorer les chances en matière d'éducation et de défendre les libertés individuelles ».
Le social-démocrate Steinmeier, 53 ans, a concédé une « défaite amère », relevant qu'un « nouveau rôle nous attend, celui d'opposition ». Le SPD avait recueilli 34,2 % des suffrages il y a quatre ans et recule de plus de 10 points. Durant la campagne, il n'est pas parvenu à se présenter comme un véritable rival des conservateurs avec lesquels il avait gouverné. Mme Merkel plaidait pour la fin de cette coalition. « Demain, il s'agira de donner la force à l'Union de former un nouveau gouvernement en Allemagne, dans une nouvelle constellation », avait-elle lancé samedi lors de son dernier meeting, à Berlin, à l'issue d'une campagne atone où elle s'est gardée de faire la moindre promesse. La CDU a battu campagne en misant tout sur la popularité record de la chancelière, quitte à éviter les débats de fond.
La sécurité avait été renforcée dans le pays, singulièrement dans les gares et les aéroports, alors qu'à l'approche du scrutin des menaces de militants islamistes ont circulé sur Internet, dont un message sous-titré en anglais et en allemand du chef d'el-Qaëda, Oussama Ben Laden.
Seuls cinq des partis en lice franchissent la barre des 5 % requise pour entrer au Bundestag, selon ces projections. Die Linke, qui déborde le SPD sur sa gauche, fait un bond de 8,7 % en 2005 à entre 12,4 et 12,5 %. Les Verts enregistrent eux un résultat record de 10,2 à 10,6 %, franchissant pour la première fois la barre des 10 %.
De nombreux dossiers économiques attendent le gouvernement Merkel II, dont l'accroissement annoncé du chômage, l'augmentation des déficits et les difficultés du système éducatif et de santé, alors que le pays commence à sortir de la récession. L'engagement de l'Allemagne en Afghanistan figurera aussi à l'ordre du jour. CDU et FDP ont déjà dit vouloir revenir sur l'abandon programmé de l'énergie nucléaire.

