Répondant aux questions de ses visiteurs, le patriarche a dressé un sombre tableau de la situation locale : « Certains aspects sont mauvais, d'autres relèvent de la maladie. » Il a espéré une amélioration, ainsi que la formation d'un gouvernement capable de gérer les affaires publiques. « Nous sommes habitués à avoir une équipe qui gouverne et une autre qui pratique l'opposition. Mais il semble que tout s'emmêle aujourd'hui et que la majorité et l'opposition doivent faire partie d'un même gouvernement. Nous l'avions comparé dans le passé à une charrette tirée par deux chevaux dans deux sens opposés et nul ne sait dans quelle direction elle se dirige », a observé le patriarche, qui, interrogé au sujet de la démocratie consensuelle, a répondu : « Nous ne sommes pas contre ce qui a été décidé à Taëf, mais il faut qu'il soit appliqué, ce qui n'est pas le cas vraisemblablement en présence d'une certaine résistance. Si une décision a été prise d'avoir la majorité et l'opposition au sein du cabinet, nous ne pouvons qu'y être favorables, mais que faire s'il s'avère qu'une entente est impossible ? »
Il a reconnu l'influence du facteur extérieur sur le dossier local et a exprimé l'espoir que les Libanais parviendront à s'entendre, même s'ils ne sont pas d'accord sur tout. « Il est normal que chacun ait son point de vue, mais les divergences de vue ne doivent pas déboucher sur un conflit armé ou sur ce que nous avons par moments expérimenté », a averti le patriarche.
Battus aux élections,
pas ministrables
Prié de dire s'il est pour la nomination de candidats malheureux aux élections au sein du gouvernement, Mgr Sfeir a estimé qu'une telle question doit faire l'objet d'un accord. « Mais le fait que quelqu'un ne remporte pas les élections soulève des points d'interrogation. Peut-il être nommé ministre ? Sa nomination signifie que la volonté de l'opinion publique qui ne l'a pas élu n'est pas respectée », a-t-il commenté.
En réponse à une autre question, il a réaffirmé que Bkerké est proche de tous et que ses portes sont toujours ouvertes. « Mais si ceux qui ne veulent pas venir nous voir s'attendent à ce que Bkerké soit seulement avec eux, ils se trompent. Nous souhaitons la bienvenue à tous ceux qui souhaitent nous rendre visite, mais si certains n'en ont pas envie, nous ne pouvons pas les obliger à venir », a dit le patriarche, avant de s'interroger sur le point de savoir « ce que veulent ceux qui retardent la formation du gouvernement ». « Une aide de l'extérieur ? L'aide ne viendra jamais de l'extérieur », a-t-il fait valoir.
Mgr Sfeir a ensuite reçu le ministre sortant de l'Information, Tarek Mitri, qu'il a retenu à déjeuner.

