Interrogé l'autre soir dans le cadre du programme « Meet the Press », le conseiller de la Maison-Blanche David Axelrod s'est montré résolument confiant : « Nous croyons toujours à l'adoption de la réforme du système de santé avant la fin de l'année », a-t-il dit, ignorant superbement le fait qu'il s'agit d'un coût de mille milliards de dollars sur dix ans et que, d'une manière générale, ses concitoyens se déclarent plutôt satisfaits des contrats qui les lient à leurs compagnies d'assurances. Sur ABC, Robert Gibbs s'est chargé de répercuter cet optimisme. « Nous croyons fermement à la nécessité de cette option pour donner aux intéressés la liberté de choisir et aussi pour faire jouer la concurrence », a affirmé le porte-parole officiel. Les vieux routiers de la politique n'ont pas oublié, eux, qu'en 1993-1994, Bill Clinton avait ramassé une gamelle en défendant un plan identique, malgré un talent certain d'avocat des justes causes et de conciliateur. La conjoncture aujourd'hui est moins favorable encore qu'il y a seize ans, avec une économie qui s'essouffle à vouloir remonter la pente, des finances plombées par le sauvetage des banques en difficulté, les milliards injectés dans l'industrie automobile et un déficit budgétaire qui atteint des profondeurs abyssales. Force est de reconnaître cependant que toutes ces considérations n'émeuvent pas outre mesure le bon peuple, pressé de continuer à bénéficier de la couverture la plus avantageuse possible, à l'heure où les soins médicaux et hospitaliers occupent une part grandissante dans les dépenses de la famille.
Le duel en cours a déjà fait une victime. Van Jones, hier ardent défenseur des droits civiques, promu en mars de cette année à l'obscur poste de conseiller spécial pour les emplois verts, a démissionné en week-end après une passe d'armes avec les républicains sur les attentats du 11 septembre. Peu après, il recourait à leur propos à une peu flatteuse épithète qui lui vaut aujourd'hui d'être désavoué par son propre camp et pratiquement poussé vers la sortie. Il a accepté de bonne grâce de s'en aller, « pour que cette affaire n'interfère pas avec le travail du gouvernement » et aussi, a-t-il souligné, parce que « nous devons rester concentrés sur nos tâches et nous battre pour le futur ». Ce que personne ne veut dire, pas encore du moins, c'est que, dans leur volonté de faire feu de tout bois, les ténors du Grand Old Party ont utilisé ce scandale afin d'accroître la pression sur le président dans le bras de fer actuel. Exit donc ce pauvre Jones, partisan du mieux, même quand il est l'ennemi du bien, coupable d'avoir dit tout haut ce que certains pensent tout bas, à savoir que l'autre camp aurait volontairement permis les attaques contre les tours jumelles et le Pentagone afin d'avoir un prétexte pour déclarer la guerre.
L'autre victime est un sénateur républicain, Charles Grassley, membre de la commission des Finances et défenseur zélé du projet Obama. Jusqu'au mois d'août du moins, quand le représentant de l'Iowa, qui joue sa réélection l'an prochain, avait trouvé son chemin de Damas à la faveur d'une tournée dans une trentaine de secteurs de l'État. L'accueil qu'il avait reçu alors lui avait donné à réfléchir. Fruit de cette réflexion : une lettre aux financiers de sa campagne rédigée en des termes édifiants. « La vérité toute simple, écrit-il, est que je suis et je n'ai jamais cessé d'être hostile à la nationalisation des soins de santé. Point final. » Plus question dès lors d'une union sacrée entre les deux partis en vue de l'approbation du texte en discussion, un pavé d'un millier de pages, œuvre de Henry Waxman, membre de la Chambre des représentants, et qui attend, dans vingt-quatre heures, un coup de pouce présidentiel que l'on espère décisif.

