Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, avait ainsi réclamé la semaine dernière la publication d'annexes au rapport de l'AIEA concernant l'Iran, alors que plusieurs diplomates au sein de l'agence onusienne doutent de l'existence de telles annexes. Le ministère de M. Kouchner a maintenu hier ses accusations en indiquant que la France avait eu à l'AIEA « un briefing technique ouvert à l'ensemble des États membres », selon la porte-parole adjointe Christine Pages. « Toutes ces informations ne sont pas reflétées dans le rapport au conseil des gouverneurs », selon elle. « La seule motivation de la France est le plein respect par l'Iran de ses obligations internationales », a-t-elle dit.
L'Iran, de son côté, avait à nouveau accusé les services secrets américains d'avoir produit des documents falsifiés pour prouver cette composante militaire présumée de son programme qui ne vise, selon Téhéran, qu'à produire de l'électricité. « Le gouvernement des États-Unis n'a pas transmis à l'agence des documents authentiques car il ne dispose pas de documents crédibles, et tous les documents ont été falsifiés », a écrit l'ambassadeur iranien auprès de l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh, dans une lettre à M. el-Baradei. M. Soltanieh avait aussi accusé « les ambassadeurs des États-Unis, de France et du Royaume-Uni (...) de poursuivre des motivations politiques ». À Washington, un responsable américain a qualifié samedi les accusations de falsification de « sans fondement ». « L'AIEA elle-même a accepté ces documents comme crédibles », a-t-il dit sous le couvert de l'anonymat. Ces prétendues études réfutées par les Iraniens émanent de plusieurs services de renseignements et suggèrent que l'Iran tente de fabriquer des ogives nucléaires, qu'il enrichit de l'uranium à cette fin et effectue des essais de missiles.
Par ailleurs, M. el-Baradei a regretté le « blocage » de l'enquête de son agence après six années de travaux intensifs et alors que Téhéran ne se plie à aucune des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment celle de suspendre ses activités liées à l'enrichissement de l'uranium. « De même, l'Iran n'a pas coopéré avec l'agence sur les questions encore en suspens qui ont été détaillées pleinement et complètement dans les rapports de l'AIEA et qui doivent être éclaircies afin de pouvoir exclure une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien », a encore indiqué le directeur général.
Parallèlement, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré hier que « la question nucléaire était close » à ses yeux et que l'Iran ne discuterait pas de ses droits « indéniables » en matière nucléaire, tout en n'écartant pas un dialogue « juste » avec le groupe des grandes puissances 5+1. « Nous avons dit deux choses : (il faut) créer des opportunités pour utiliser à des fins pacifiques l'énergie nucléaire et (deuxièmement) prévenir le développement des armes nucléaires de destruction massive », a-t-il affirmé. « Tous les pays qui possèdent un programme d'enrichissement d'uranium coopèrent avec l'AIEA, nous coopérons aussi dans le respect des règles », a-t-il ajouté. Le président iranien a, par ailleurs, affirmé qu'il était prêt à « discuter » avec le président américain, Barack Obama, devant les médias internationaux. « Je l'ai dit du temps de (l'ancien président George) Bush et d'Obama, et je le redis aujourd'hui. Nous sommes prêts à discuter et à dialoguer des questions internationales devant les médias, ce qui est le meilleur moyen de régler les problèmes », a déclaré M. Ahmadinejad. Il a ajouté que l'Iran était prêt à « discuter de toute question » avec les États-Unis si c'était dans son propre « intérêt ».


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef