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Hommage à Bernard Fattal

Adieu, Bernard
Chaque fois que quelqu'un disparaît, apparaissent soudain ses qualités personnelles que trop souvent la vie a obscurcies, avec son trop-plein de détails quotidiens.
Avec Bernard, ce n'était pas comme ça. Rien ne pouvait édulcorer sa personne ni amoindrir son trop-plein de qualités. Aucun compliment n'était superlatif, et on pouvait se permettre de l'encenser sans tomber dans le ridicule. Parce que Bernard était ça : le pouvoir mais avec le sourire. Il pouvait tout, et il aimait partager ce tout avec une amitié et une fidélité sans pareilles. Sa passion pour la vie, sa tolérance envers les frustrations et les contrariétés, son pouvoir à abattre les portes et les frontières, comme autant de châteaux de cartes dérisoires.
À l'impossible nul n'est tenu, sauf à Bernard pour qui toute journée nouvelle est un cadeau plein de défis à relever, et la vie une brassée de désirs et d'entreprises. Construire, planter, aplanir une route, tracer une autre encore. Toujours un projet à l'esprit, sans cesse et sans regret.  Et face à nos regards admiratifs, il répondait de son grand sourire enfantin, modeste et joyeux à la fois, en nous remerciant d'avoir pour lui de si bonnes paroles. Allah y khallilna yeiké !
Bernard aujourd'hui n'est plus ; fauché trop tôt, bêtement, en allant chasser la tourterelle. Bernard, si, de là où tu es, tu as encore ces pouvoirs magiques que tu savais si bien exercer, reste auprès de nous quelque temps encore. On va tous avoir besoin de toi.

Gaby BUSTROS

* * *

Il gardait toujours ouverte la porte de son bureau. Il s'y trouvait aux horaires de travail comme tout le monde, rarement assis derrière sa table, plutôt debout ou arpentant le couloir entre sa pièce et celle de son assistante. Sa voix imposante perçait les murs du deuxième étage, on savait qu'il était là. Alors, on se disait : pourvu qu'il me voie passer, me dise bonjour en m'appelant par mon prénom, comme il le faisait avec chaque employé. Car nul ne devait rester dans l'anonymat, chacun avait le droit de sortir de l'ombre et faire la différence au sein de « la grande famille ».
À la pause déjeuner, le plateau dans les mains, il demandait : « C'est quoi le plat du jour ? » La cafétéria vibrait en sa présence, on mangeait mieux quand il était dans les parages.
Régulièrement, il envoyait à chacun  un mail, un petit mot d'encouragement... Tous les efforts étaient remarqués, reconnus, récompensés.  À ceux qui quittaient la compagnie ou le pays, il disait : « Les portes vous seront toujours ouvertes, à tout moment, ce n'est pas fini entre nous. »
Orateur charismatique, on l'écoutait avec ferveur, afin que les mots fassent leur effet, motivent, montrent la voie. Car il était le leader par l' exemple. Il faisait lui-même le chemin qu'il souhaitait que les autres fassent à leur tour.
Bernard Fattal n'est plus ! Il annonçait sa retraite prochaine, s'impatientait, mais on le croyait à peine.
Par son départ hâtif, il nous secoue, comme à son habitude, nous réveille de la torpeur quotidienne et fait jaillir au-delà de la douleur de sa perte une prise de conscience : si la route vous manque, faites-la, creusez-la par vos mains, avec passion, et prenez-la au risque d'y perdre la vie ..

Maya Waked EL-CHAAR
Romancière, ex-employée du groupe Fattal
Adieu, BernardChaque fois que quelqu'un disparaît, apparaissent soudain ses qualités personnelles que trop souvent la vie a obscurcies, avec son trop-plein de détails quotidiens.Avec Bernard, ce n'était pas comme ça. Rien ne pouvait édulcorer sa personne ni amoindrir son trop-plein de qualités. Aucun compliment n'était superlatif, et on pouvait se permettre de l'encenser sans tomber dans le ridicule. Parce que Bernard était ça : le pouvoir mais avec le sourire. Il pouvait tout, et il aimait partager ce tout avec une amitié et une fidélité sans pareilles. Sa passion pour la vie, sa tolérance envers les frustrations et les contrariétés, son pouvoir à abattre les portes et les frontières, comme autant de...