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Économie

Le coup de blues des oligarques russes

Durement touchés par la crise économique qui a ébranlé leurs empires, les oligarques russes ont du vague à l'âme, se jugeant « indésirables » dans un État qu'ils aimeraient moins interventionniste.
« L'entrepreneur ne doit pas être un paria », a plaidé hier dans une interview au quotidien économique Vedomosti Vladimir Potanine, qui figure parmi les vingt personnes les plus riches de Russie selon le magazine Forbes.
Le propriétaire de la holding Interros - qui détient notamment 25 % du géant des métaux russe Norilsk Nickel - s'y livre à une critique acerbe de l'attitude du pays vis-à-vis des grands patrons.
Si cela continue, « les hommes d'affaires resteront indésirables dans la société, met-il en garde. N'importe quelle personne normale doit se sentir à l'aise dans son propre pays, comprendre qu'elle lui est utile, qu'on la respecte (...). Parfois, c'est plus important que les crédits, les notations, qu'être coté en Bourse, etc. »
La crise économique a relancé la controverse sur les oligarques, cette caste hétéroclite d'hommes d'affaires qui se sont enrichis de façon controversée dans les années chaotiques ayant suivi l'effondrement de l'URSS en 1991, provoquant alors le ressentiment de la population russe.
Au cours de la dernière décennie de boom économique, la plupart d'entre eux ont édifié des empires gigantesques à coups d'acquisitions agressives. Mais cette politique a été mise à dure épreuve avec l'assèchement des liquidités et la chute des cours des matières premières.
Et la grogne s'est mise à enfler avec la réapparition dans de nombreuses entreprises d'arriérés de salaire, un phénomène oublié depuis la fin des années 1990, et des menaces de fermetures d'usines.
Dans un rapport publié le 1er septembre, le directeur de l'Institut national de stratégie Nikita Kritchevski fustige ainsi le comportement des oligarques, les accusant notamment de forcer l'État, par leur inconséquence, à leur verser des aides de plusieurs milliards de roubles pour éviter des troubles sociaux.
M. Potanine, qui a vu sa fortune passer de 22,4 milliards de dollars en 2008 à 2,1 milliards cette année selon Forbes, fait fi de ces critiques, estimant à l'inverse qu'« un entrepreneur honnête mérite le respect, parce qu'il crée de nouveaux produits et services, des emplois, il paie ses impôts ».
Interrogé sur les licenciements, il estime que ceux-ci sont nécessaires pour permettre de moderniser l'appareil de production et l'économie russe.
L'homme d'affaires reconnaît qu'au cours des dix dernières années, le rôle de l'État s'est renforcé et des personnes « plus compétentes » sont arrivées au pouvoir.
Mais cela ne l'empêche pas de relever l'apparition d'une « énorme quantité de régulateurs », « une extension des droits des fonctionnaires » et « un niveau élevé de corruption ».
Interrogé sur ses vœux pour la décennie à venir, M. Potanine plaide pour « une amélioration progressive du climat des affaires », avec une diminution progressive des « freins à l'activité entrepreneuriale » et des « barrières bureaucratiques ».
Mêmes constats pour le milliardaire Oleg Deripaska, propriétaire de la holding Basic Element. En juin, ce dernier avait été bien malgré lui sous le feu des projecteurs, lorsque le Premier ministre russe Vladimir Poutine l'avait vertement admonesté devant les caméras de télévision, le forçant à signer la reprise de la production sur une de ses usines.
Une séquence qu'il n'a toujours pas digérée. « Quelqu'un a voulu utiliser la situation à ses propres fins. Qui, je ne sais pas », a-t-il déploré dans une autre interview à Vedomosti.
Durement touchés par la crise économique qui a ébranlé leurs empires, les oligarques russes ont du vague à l'âme, se jugeant « indésirables » dans un État qu'ils aimeraient moins interventionniste.« L'entrepreneur ne doit pas être un paria », a plaidé hier dans une interview au quotidien économique Vedomosti Vladimir Potanine, qui figure parmi les vingt personnes les plus riches de Russie selon le magazine Forbes.Le propriétaire de la holding Interros - qui détient notamment 25 % du géant des métaux russe Norilsk Nickel - s'y livre à une critique acerbe de l'attitude du pays vis-à-vis des grands patrons.Si cela continue, « les hommes d'affaires resteront...
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