Les dernières révélations de la Corée du Nord sur ses activités nucléaires sonnent pour les experts comme un avertissement aux États-Unis. Le régime stalinien a affirmé vendredi qu'il avait atteint la dernière phase de l'enrichissement d'uranium et allait fabriquer de nouvelles armes nucléaires avec ce matériau. La Corée du Nord niait depuis des années mener un programme secret de fabrication d'une bombe nucléaire à l'uranium enrichi, avant d'annoncer en juin son intention d'enrichir de l'uranium et de militariser son plutonium. Pour l'expert Victor Cha, ancien haut conseiller du président George W. Bush sur la Corée du Nord, cet aveu est « significatif » et montre que Pyongyang a effrontément bravé la communauté internationale sur cette question. Jusqu'à vendredi, « les experts pensaient que la Corée du Nord était à des années de développer des armes avec de l'uranium », remarque M. Cha, qui travaille au Center for Strategic and International Studies, un centre de réflexion, et à l'Université de Georgetown, à Washington.
L'annonce de Pyongyang intervient au moment où l'émissaire américain pour la Corée du Nord, Stephen Bosworth, effectue une tournée dans la région pour tenter de relancer les négociations à six (Corée du Nord, Corée du Sud, Japon, Chine, États-Unis, Russie). Les experts de la péninsule coréenne soupçonnent Pyongyang d'avoir voulu couper l'herbe sous le pied de l'administration Obama en abordant ce sujet avant même qu'il ne soit évoqué lors d'éventuelles discussions. Ces annonces permettraient ainsi au régime communiste de « mettre des balises », de préparer « une position », explique Scott Snyder, expert au Council on Foreign Relations et à l'Asia Foundation, deux instituts de recherche spécialisés dans les questions diplomatiques. Alors que l'administration américaine semble vouloir privilégier la voie diplomatique pour régler la question nucléaire nord-coréenne, « ce sont vraiment les Nord-Coréens qui font barrage », ajoute M. Snyder. Depuis la prise de fonctions du président américain Barack Obama en janvier, les Nord-Coréens ont effectué un nouveau test nucléaire et lancé une série de missiles.
Pour Bruce Klingner, un analyste du centre de réflexion conservateur Heritage Foundation, si la Corée du Nord est réellement parvenue au dernier stade de l'enrichissement comme elle l'affirme, cela signifie qu'elle a mené secrètement un programme pendant des années. L'expert note également que la Corée du Nord joue sur deux tableaux avec « d'un côté la provocation, la politique de la corde raide, l'escalade des tensions », dont l'annonce sur l'enrichissement est le dernier exemple en date. « Et de l'autre côté, ajoute M. Klingner, des gestes de conciliation », comme notamment la libération en août de deux journalistes américaines.
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