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Liban - Éclairage

Sleiman milite pour une solution effective, loin de tout compromis bancal

C'est encore un discours fondamental et fédérateur que le président de la République a prononcé lors de l'iftar qu'il a donné à Baabda. Michel Sleiman a ainsi invité les participants « à mettre à profit les occasions d'ouverture et de dialogue occurrentes. » Il les a priés d'accélérer la formation du cabinet « pour assurer la bonne marche des institutions et entamer la réforme ». « Il est de notre devoir, a-t-il souligné, de nous doter d'un gouvernement à la veille de l'Assemblée générale de l'ONU, organisation où nous allons siéger au Conseil de sécurité dans les deux prochaines années. »
Le président a donc tiré la sonnette d'alarme pour ce qui est du laxisme de la classe politique, qu'il a pressée d'assumer ses responsabilités « pour que nous ne soyons pas pris en traîtres par des échéances pour lesquelles nous sommes censés nous préparer ». Il a admonesté sévèrement la classe politique au sujet de l'intensification des échanges d'invectives et d'accusations « car cela aggrave dans le pays un climat de division qui ne sert personne ».
Dans les cercles diplomatiques, on relève que Michel Sleiman a explicitement fixé un délai pour le dénouement du problème ministériel : avant la mi-septembre et la tenue de l'Assemblée générale de l'ONU. La Constitution, rappelle-t-on, ne délimite aucun délai pour la formation d'un nouveau cabinet. Mais le chef de l'État ne sort pas de ses prérogatives, quand par souci de l'intérêt national il juge qu'il faut accélérer le mouvement. Il y invite donc le Premier ministre désigné d'autant plus volontiers que, pour l'aider dans sa mission, il lui a prêté le palais de Baabda afin qu'il puisse rencontrer Michel Aoun, lequel s'affiche comme le principal vis-à-vis, sinon le seul, de Saad Hariri pour ce qui est du processus ministériel.
Retour au discours du président Sleiman. Il vient compléter ses interventions de Jbeil, pour le premier anniversaire de son mandat et la fête de l'Armée. À cette dernière occasion, le président s'était demandé si le défaut de la cuirasse était dans le régime politique du pays ou dans sa Constitution. Auquel cas, il faudrait l'amender, avait-il dit. Ces propos avaient provoqué, sinon un tollé ou une levée de bouclier, du moins de fortes réserves de la part d'hommes politiques craignant qu'une révision de la Constitution ne débouche sur une remise en cause de Taëf. Ils ont donc réagi en soulignant qu'avant de corriger les failles de la Constitution il convient de les dépister toutes, donc d'appliquer effectivement la Loi fondamentale, ce qui n'est plus le cas depuis belle lurette. Depuis la tutelle certes, mais aussi, après la deuxième indépendance, depuis l'adoption de la pratique des cabinets dits d'union, au nom d'une démocratie consensuelle qui reste hautement anticonstitutionnelle.

Tableau
Un diplomate chevronné relève que le Liban, pays composite, a nécessairement besoin d'arrangements, de marchés conclus entre ses différentes composantes. Mais cet impératif offre un désagrément majeur. Il se met en travers de la quête d'une solution de fond rationnelle autant que d'essence nationale, en cas de crise majeure. Depuis l'émergence de l'émirat du Mont-Liban, qui avait son autonomie et ses particularismes au sein de l'Empire ottoman, le pays a donc pris le pli des compromis imparfaits, dont bon nombre étaient de pommes de discorde. Exception faite pour le pacte national de 1943 qui a institué, ou consacré, le principe de coexistence islamo-chrétienne, fondant un modèle d'entente, un creuset de dialogue entre les cultures et les religions.
Mais la complexité de l'édifice sociopolitique libanais suscite autant de malentendus et de heurts que les lacunes des textes ou des us et coutumes qui régissent la vie publique du pays. Certains ont ainsi tendance, aujourd'hui comme hier, à oublier que le Liban ne se compose que de minorités. Dix-sept communautés se partagent la population, inégalement certes, mais sans qu'aucune ne représente la moitié démographique, tant s'en faut. Seul le ciment de la coexistence harmonieuse peut gommer ces disparités.
Ainsi, à l'issue des événements de 1958, qui se sont terminés sur un match nul (le slogan de l'époque était : ni vainqueur ni vaincu), le président Saëb Salam, qui avait dirigé la révolution à Beyrouth, a fini par lancer la formule : un Liban, pas deux. C'était 15 ans après l'indépendance. Puis, au bout d'une tranche presque équivalente, 17 ans, il y a eu la guerre intestine, en 1975. Elle a également duré 15 ans. Ensuite, la tutelle syrienne, qui a atteint le même âge, en tronquant Taëf. Ce deuxième pacte national avait établi la parité égale entre chrétiens et musulmans, en confiant le pouvoir exécutif au Conseil des ministres, ce qui avait relevé le niveau de pouvoir de la communauté sunnite et dégagé la communauté chiite, au niveau de la présidence de la Chambre, de l'emprise d'une majorité contrôlée par la présidence de la République. Dès lors, le pouvoir est devenu pratiquement tricéphale, ce dont le système dit de la troïka a pu attester. Par contre, le partage en trois a été écarté de la formule ministérielle au profit de l'équation 15-10-5. Mais, répète le diplomate cité, dans l'ensemble des développements, on ne trouve que des arrangements plus ou moins bien ficelés, mais pas de solution de fond.
Aujourd'hui, poursuit-il, les péripéties qui marquent la formation du gouvernement révèlent une tentative de mettre en place un nouvel arrangement, encore un, basé sur le partage de tout, absolument tout, en trois parts, deux pour les musulmans, une pour les chrétiens. Ce qui n'arrange pas les choses, d'autant qu'une collectivité déterminée, les chiites, se considère comme discriminée dans le régime politique actuel et veut obtenir autant d'avantages que les sunnites à Taëf.
De son côté, un constitutionnaliste estime que les positions qu'affiche le président Michel Sleiman doivent servir de boussole dans le dialogue entre les leaderships nationaux, pour régler durablement le cap d'un Liban de coexistence solidifiée. Afin qu'il cesse d'être victime, tous les 15 ans, de secousses dévastatrices qui poussent ses enfants à émigrer. Afin, aussi, qu'il ne se disloque pas sourdement en une sorte de confédération des communautés, d'autant moins viable économiquement qu'elle confirmerait l'implantation des réfugiés palestiniens. Un danger que seule une véritable unité nationale peut prévenir.
C'est encore un discours fondamental et fédérateur que le président de la République a prononcé lors de l'iftar qu'il a donné à Baabda. Michel Sleiman a ainsi invité les participants « à mettre à profit les occasions d'ouverture et de dialogue occurrentes. » Il les a priés d'accélérer la formation du cabinet « pour assurer la bonne marche des institutions et entamer la réforme ». « Il est de notre devoir, a-t-il souligné, de nous doter d'un gouvernement à la veille de l'Assemblée générale de l'ONU, organisation où nous allons siéger au Conseil de sécurité dans les deux prochaines années. »Le président...
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