Les obstacles qui continuent d'entraver la formation du nouveau gouvernement et l'attitude de la majorité à l'égard de Michel Aoun, ainsi que le dossier des négociations de paix avec Israël ont été longuement évoqués par plusieurs députés et hauts responsables du Hezbollah au cours des dernières vingt-quatre heures.
Au cours d'une cérémonie organisée dans la localité de Yohmor-Chqif pour le septième du décès d'un membre du Hezbollah, Ali Hussein Alik, le député Mohammad Raad a notamment affirmé que « les forces de l'arrogance dans le monde prennent aujourd'hui pour cible la résistance (le Hezbollah) car celle-ci a réussi à sortir la oumma (la nation) de la situation de faiblesse dans laquelle elle se trouvait pour la placer dans une position de force. Elle a réussi à sortir la oumma de la situation de défaite pour la placer sur la voie de la victoire. Plus les forces internationales prennent pour cible la résistance, plus nous avons la conviction que la résistance se renforce. Cette résistance restera ferme dans ses positions pour préserver ses acquis car elle est soucieuse de la sécurité, de la stabilité, de la dignité, de la fierté et de la victoire de ses fils. Ceux qui mettent en doute l'option de la résistance, nous leur demandons quel autre choix ils ont pour préserver la dignité et la souveraineté du pays ».
M. Raad a, d'autre part, critiqué, sans le nommer, le président Amine Gemayel pour sa récente déclaration dans laquelle le leader des Kataëb a préconisé des négociations indirectes avec Israël. « Le problème ne se pose pas en termes de négociations directes ou indirectes, comme le préconisent certaines factions qui ont été défaites, d'autant qu'ils ont essayé la voie de la négociation directe avec Israël et ils n'ont récolté que l'accord de la honte du 17 Mai, a souligné le député du Hezbollah. Comment peuvent-ils donc se permettre de prôner des négociations indirectes avec Israël ? Que peut-on négocier avec Israël alors que les forces israéliennes ne se sont pas encore retirées totalement du territoire libanais et que la partie israélienne ne s'est toujours pas conformée à la résolution 1701 ? Tant que l'ennemi ne s'est pas retiré de notre terre, que peut-on négocier avec lui ? Et s'il se retire, il sera alors de notre droit de décider quoi faire et nul au monde ne pourra nous imposer l'option qui servirait ses intérêts. Lorsque l'ennemi nous sent faibles, il augmente ses menaces, et lorsqu'il sent que nos fusées sont prêtes, il diminue de ses menaces. »
M. Raad a, d'autre part, invité toutes les parties à engager un dialogue direct pour paver la voie à la formation d'un gouvernement d'union nationale, affirmant qu'un tel cabinet, basé sur la formule 15-10-5, est la seule issue à la crise dans les circonstances présentes. « Nous ne sommes pas des médiateurs entre nos alliés au sein de l'opposition et le Premier ministre désigné, a déclaré M. Raad, mais nous voulons coopérer pour assurer au pays le gouvernement auquel aspirent les Libanais. »
Moussaoui et « la gloire du Liban »
Abondant dans le même sens, le député Nawwaf Moussaoui a souligné que « le dialogue direct est une nécessité au cours de l'étape actuelle afin d'éviter une lecture erronée de certaines réalités ». « Certaines déclarations faites récemment avaient pour but d'entraîner le Hezbollah dans un accrochage politique avec des parties qui revêtent un aspect religieux afin de tromper l'opinion chrétienne au sujet de l'essence de la bataille qui se joue actuellement », a déclaré M. Moussaoui qui a dénoncé dans ce cadre les tentatives « d'écarter Michel Aoun de la scène politique afin de permettre à d'autres (au sein de la majorité) de revendiquer une représentation qu'ils ne méritent pas ».
Affirmant que « certaines forces étrangères et locales cherchent à court-circuiter la possibilité de formation d'un gouvernement d'union », le député hezbollahi a prôné « un dialogue direct entre le Premier ministre désigné et le leader de la majorité chrétienne populaire et parlementaire, le général Michel Aoun ». « Des forces politiques chrétiennes cherchent à se donner une plus grande dimension représentative afin d'abolir la représentativité de Michel Aoun », a affirmé M. Moussaoui.
Évoquant en outre la polémique déclenchée par les critiques lancées par sayyed Mohammad Hussein Fadlallah contre la devise historique du patriarcat maronite « La gloire du Liban lui a été donnée », M. Moussaoui a déclaré : « Le Liban ne saurait avoir de gloire s'il est commandité par tel ou tel ambassadeur, comme ce fut le cas depuis la formation de la République libanaise. Celui qui a édifié la gloire de la libération du Liban de l'hégémonie politique extérieure est celui qui œuvre à mettre un terme à l'occupation israélienne du Liban (...). Celui qui pave la voie à la gloire du Liban, à la gloire de l'indépendance politique, est celui qui favorise l'unité nationale, c'est aussi cette coalition formée des forces de la résistance, du mouvement Amal, et du Courant patriotique libre et des autres forces de l'opposition. Lorsque nous aurons libéré la volonté politique libanaise, de manière à ce qu'elle ne soit plus soumise aux diktats américains, occidentaux ou étrangers, le Liban aura alors sa gloire. Et à ce moment-là, si quelqu'un désire que cette gloire lui soit donnée, qu'il la prenne. Mais il faudra qu'on se rappelle qui a pavé la voie à cette gloire, en l'occurrence la résistance grâce à ses sacrifices. ».
Notons enfin que le général Aoun a reçu hier à Rabieh une délégation du « Comité de soutien à la résistance », conduite par Ghaleb Abou Zeinab, membre du directoire du Hezbollah, qui a déclaré, à l'issue de l'entrevue, que « nul ne peut ignorer le degré de représentativité du Courant patriotique libre et du général Michel Aoun ». « Durant tout son parcours politique, a relevé le responsable hezbollahi, le général Aoun n'a jamais plié face aux pressions et aux tentatives d'intimidation. Toutes les attaques dont il a été la cible récemment n'ont pas réussi à lui faire changer de position », a conclu Abou Zeinab qui a, lui aussi, prôné un dialogue direct entre le Premier ministre désigné et Michel Aoun.

