Le mouvement conservateur a perdu dimanche sa majorité à la Chambre des députés où il ne compte plus que 119 élus contre 300 précédemment. Écrasé par le Parti démocrate du Japon (PDJ, centre), le PLD n'est plus le principal mouvement de l'archipel pour la première fois depuis sa formation en 1955. Pis, la vieille garde du parti est décapitée, plusieurs de ses dirigeants, âgés, ayant été battus dans leur circonscription. Il s'agit d'un séisme politique au Japon, où le PLD a été l'artisan du « miracle économique » nippon des années 60 et 70, en étroite collaboration avec le grand patronat et la bureaucratie d'État.
Parmi les causes avancées pour cette défaite, la politique libérale du Premier ministre Junichiro Koizumi (2001-2006), qui a mis fin au capitalisme paternaliste du Japon de l'après-guerre, encouragé le développement du travail intérimaire et affaibli la protection sociale. Des réformes payées par ses successeurs, trois Premiers ministres PLD dépourvus du charisme de M. Koizumi, nommés puis renvoyés en l'espace de trois ans: Shinzo Abe, Yasuo Fukuda et enfin Taro Aso, chef du gouvernement de la débâcle électorale.
La défaite passée, la presse nippone s'interrogeait hier sur l'avenir du mouvement: va-t-il s'écrouler, jouer l'attentisme en espérant que le nouveau pouvoir déçoive l'électorat, tenter de jouer sur les scandales politico-financiers qui menacent certains dirigeants du PDJ ? Le président du parti, Taro Aso, a déjà annoncé qu'il démissionnerait. « Nous devons prendre un nouveau départ, reconstruire le PLD » et « voir où nous avons fait des erreurs », a-t-il déclaré. Mais peu de candidats sortent du rang pour lui succéder.
Après un demi-siècle de « parti unique » de fait, les élections de dimanche pourraient constituer l'acte de naissance d'un véritable bipartisme. Un système dans lequel le PLD devra se fondre, a espéré le chef du PDJ, Yukio Hatoyama.
Au lendemain de sa victoire, le Parti démocrate du Japon a entamé hier ses consultations en vue de former le futur gouvernement qui aura la lourde tâche de redresser une économie fragile et d'engager des réformes sociales ambitieuses. Yukio Hatoyama devrait être élu Premier ministre d'ici à deux semaines par la nouvelle Chambre des députés. Il annoncera peu après la composition de son gouvernement, qu'il compte élargir à deux autres partis d'opposition dans un souhait d'ouverture.
Dans l'intervalle, c'est le gouvernement sortant du Premier ministre Taro Aso qui continuera à diriger le pays.
Après l'euphorie de la victoire, les choses sérieuses commencent pour les démocrates, qui vont pour la première fois faire l'expérience du pouvoir. « Nous n'allons pas imposer nos politiques, a averti M. Hatoyama hier matin sur la chaîne publique NHK. Nous devons faire preuve de patience et rechercher la compréhension du peuple. »


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