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Lifestyle - Rencontre

Ali Hamadé, un passionné à froid

Son approche volontairement distante des événements, à la télévision, et plus libre, dans la presse écrite, a accompagné de nombreux moments historiques, dramatiques ou passionnants de ces quatre dernières années. Ali Hamadé témoin, journaliste, mais « journaliste engagé », use des mots pour faire, à sa façon, de la politique...

 

Son émission Istihqaq, entre échéance et dénonciation mesurée, presque courtoise, se poursuit depuis 2004. Difficile quand on s'appelle Ali Hamadé de rester neutre, et facile, pour ces mêmes raisons, de savoir, même en étant engagé, se contrôler. Un exercice familial, un contexte qui lui a appris très tôt à manipuler les mots, à les peser, les apprécier. À appartenir à des idées et une ouverture d'esprit qui prônent la coexistence. « J'ai deux personnalités bien distinctes, souligne-t-il. L'éditorialiste au an-Nahar qui met ses convictions noir sur blanc, et l'animateur télé qui est totalement objectif et qui reçoit ses ennemis et ses amis politiques de la même manière. Et surtout sans familiarité. »
Dans la famille presque mythique, il y a d'abord le père, Mohammad Ali Hamadé, diplomate et écrivain. Les demi-sœur et frère, Nadia Tuéni et Marwan Hamadé, et puis le neveu et très regretté Gebran, l'ami, le presque frère de cinq ans son cadet. Il y a également l'ombre du grand Ghassan, comme une présence, et la trace de sa plume dans le an-Nahar où officie Ali dans un éditorial où il se donne toutes les libertés, et surtout celle de s'emporter. D'afficher ses amitiés, en ce moment délicates, pour Joumblatt et Hariri, et sa couleur, rouge vert blanc, comme ce bracelet en plastic qui ne le quitte plus depuis 2005, l'année de tous les espoirs. Célébrant sa cinquième année à l'écran de la Future TV et ses 30 ans de journalisme, il se sent, arrivé à une certaine maturité, « l'envie de parler ».

Héritage
En débarquant, pour son interview, dans les locaux de L'Orient-Le Jour, Ali Hamadé ressemble à un écolier qui retrouve, nostalgique, les bancs d'école où il a beaucoup appris et ses nombreux professeurs. « C'était la volonté de mon père qui voulait que je fasse un stage là où avait débuté Marwan, dans un environnement politiquement sain. » Car c'est dans les colonnes du journal, avant celles du an-Nahar et entre ses lignes, que le journaliste a démarré. Il y avait, bien sûr, avant cet acquis, un inné naturellement acquis lorsque le jeune Ali, à peine âgé de 10 ans, se retrouve dans les bureaux familiaux au cœur de réunions politiques et rédactionnelles. « C'était l'époque où une partie de la vie politique se faisait chez Ghassan Tuéni. Mon regard d'enfant fasciné absorbait tout. » Ses premiers articles, qui étaient culturels, paraissent dans le an-Nahar arabe et international, lancé par Marwan Hamadé en 1976 et présidé par Gebran Tuéni à partir de 1979. Ali Hamadé, installé à Paris pour poursuivre ses études en sociologie politique à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), collabore ensuite aussi avec le Hayat en tant que correspondant étranger. « La guerre de la Montagne m'a poussé à m'engager dans des articles politiques. » Longtemps gauchisant et fier de l'être, « alors que Gebran était à l'opposé, ce qui n'a jamais nui à nos relations », il rejoint le Chark el-Aousat avant de retrouver le Liban en 1994, à la demande de la famille, sacrée famille, pour fonder le Nahar al-Chabeb. C'est à la demande de Rafic Hariri que l'éditorialiste, ouvertement opposé à une prolongation du mandat d'Émile Lahoud, se lance dans une aventure télévisée en 2004. « Nous voulions surtout briser le mur du silence. » Al-Istihqaq est ainsi né.
Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de l'espoir. Beaucoup de sang aussi. La perte d'êtres chers, d'amis, Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Samir Kassir, Gebran, et cette même distance affichée par le journaliste face aux bouleversements politiques et personnels. « Notre famille, poursuit-il, a tellement côtoyé la mort, pour une raison ou une autre, que chacun de ses membres entretient avec elle une relation très philosophique. On ne pleure presque pas ceux qui partent, on les emmène, on vit avec eux, après... » Même aux pires heures, Ali Hamadé a dû porter le masque de l'animateur et reporter sa peine à plus tard. Avec plus de 500 émissions à son palmarès, certaines quotidiennes, lorsque l'actualité l'exigeait, il avoue : « J'ai eu de très belles émissions, de très bons invités, et d'autres plus calmes. C'est le prix que tous les animateurs payent. Il n'y a pas d'émission politique n° 1 au Liban, mais une accumulation de bons épisodes dont chacun peut s'enorgueillir, en toute légitimité. » Et la saturation du public ? « Les téléspectateurs se plaignent des talk-shows politiques, mais ce sont ces mêmes personnes qui en redemandent, qui reviennent, posent des questions et interviennent. » Et la saturation de l'animateur journaliste, qui ne peut pas trop s'engager on air ? « Oui, répond-il, j'aimerais bien passer à autre chose. Une émission sociale, qui se penche sur les problèmes des gens, qui puisse faire bouger les choses et résoudre ces problèmes. Mais c'est encore une envie. »
Et lorsqu'on lui demande si la politique, sans le journalisme, pourrait le tenter, il répond, très vite : « J'y penserais peut-être le jour où Marwan décidera d'arrêter. Mais pas une heure avant... »

Son approche volontairement distante des événements, à la télévision, et plus libre, dans la presse écrite, a accompagné de nombreux moments historiques, dramatiques ou passionnants de ces quatre dernières années. Ali Hamadé témoin, journaliste, mais « journaliste engagé », use des mots pour faire, à sa façon, de la politique...
 
Son émission Istihqaq, entre échéance et dénonciation mesurée, presque courtoise, se poursuit depuis 2004. Difficile quand on s'appelle Ali Hamadé de rester neutre, et facile, pour ces mêmes raisons, de savoir, même en étant engagé, se contrôler. Un exercice familial, un contexte qui lui a appris très...
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