De la guerre libanaise, imprévisible dans sa longueur, son amplitude, sa férocité, ses dérives et ses détours, Sonia Beyrouthi tire un livre-témoignage, un livre confidence, entre le reportage nostalgique et les aveux réflexions, percutant sans être larmoyant, simple sans être plat, touchant sans être pathétique.
Ceux qui suivaient ses écrits dans la presse écrite ou ceux qui la regardaient présenter ses émissions socioculturelles au petit écran, se souviennent de ce regard ardent, de l'âme et de l'enthousiasme qu'elle mettait à traiter les sujets choisis, et de cette voix rauque qui savait amener en pleine lumière le doux et l'amer de la vie des Libanais...
Les cheveux noirs d'ébène coupés court en cœur d'artichaut, les yeux immenses, la grâce des Pascale Petit des années soixante, la voix éraillée et grave, presque toujours vêtue de noir, Sonia Beyrouthi est de ces femmes de lettres libanaises qui a su conjuguer, avec bonheur et talent, la force de la plume et l'impact de l'audiovisuel.
Aujourd'hui, c'est-à-dire bien après les funestes événements de 1975 où un bus a déclenché les embrasements les plus sanglants de la région, les années de plomb, jusqu'au séisme haririen en 2005, revivent sous sa plume, avec une certaine vivacité, une certaine virulence, mais aussi une certaine poésie doublée d'un regard interrogatif enrobé de tendresse.
Désabusé serait-il le terme adéquat pour parler de cet ouvrage intitulé Matahen al-Taifiyya, Shahadat Habbet Kameh (Les batailles du confessionnalisme, témoignage d'un grain de blé - al-Dar al-Arabia Lil Ouloum Nashiroun,143 pages) ? Sonia Beyrouthi évoque le ballet des déplacements (et des exodes internes et externes) dans un pays livré, sans pitié ni merci, à une violence aveugle et incessante.
Dès lors, comment garder sang-froid et sérénité sur une terre où l'on a littéralement oublié que l'« on a inventé le verbe avant les bombes » ?
Dans ce chaos de vie, entre sifflements de balles, conflagrations, tyrannie des francs-tireurs, cortège de martyrs de tous bords, interminables et coriaces conflits confessionnels, comment vivre en harmonie avec soi et les autres ? C'est un peu cette interrogation que suggère la journaliste en cédant à la formule : « Voler la vie au temps... »
Car la vie, dans ses composantes les plus prosaïques, a bien accompagné ces déchirantes années entre fausses accalmies, chapelets d'attentats, chapes de plomb et déluge de feu... Instants de bonheur et de plaisir subtilisés à un monstre impitoyable qui se nomme guerre. Par exemple plonger dans la mer... Plonger dans la mer turquoise reste un frisson suprême et salvateur pour cette période chargée de
cauchemars...
Hymne à la vie certes que cet ouvrage écrit avec cœur, simplicité et une certaine élégance, dans une langue arabe proche du lecteur, sans effets de style ou éloquence excessive, mais aussi un vibrant hymne à une patrie profondément aimée, en dépit de toutes ses complexités, de toutes ses difficultés, de ses ataviques contradictions...


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