Les sources de l'opposition ajoutent qu'en réalité, c'est le même projet qui continue depuis l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 1559 en 2004 : en finir avec les armes du Hezbollah pour rassurer Israël. Depuis cinq ans, tous les moyens ont été tentés et tous les événements qui se sont succédé au Liban étaient plus ou moins liés à cet objectif : l'agression israélienne de juillet 2006, l'encerclement diplomatique, le renforcement de l'armée libanaise, les tentatives de provoquer une nouvelle guerre d'usure interne qui enlèverait au Hezbollah son aura de résistance, l'exacerbation de la tension entre sunnites et chiites, etc. Ce qui se passe aujourd'hui ne serait qu'une tentative de plus. Les sources de l'opposition ajoutent à ce développement les déclarations des dirigeants israéliens qui conseillent au Premier ministre désigné de ne pas intégrer des membres du Hezbollah au sein de son équipe gouvernementale, allant même jusqu'à affirmer que s'il ne tient pas compte de cet avertissement, Israël ferait assumer la responsabilité de toute provocation du Hezbollah à l'ensemble du gouvernement... Certes, le bureau de Saad Hariri a aussitôt riposté à ces menaces en déclarant que le Premier ministre désigné n'envisage pas de former un gouvernement sans le Hezbollah, mais les sources de l'opposition estiment qu'en même temps, il n'est plus aussi pressé de former son équipe ministérielle. Les mêmes sources affirment que le statu quo actuel est devenu moins coûteux que la formation du gouvernement. Car l'éclatement d'un gouvernement d'entente nationale est plus grave que des tiraillements au sein d'une équipe minée par les conflits et chargée uniquement de gérer les affaires courantes.
L'heure est donc à l'attente et, pour de nombreux analystes, le climat actuel ressemble fort à celui qui prévalait avant la conférence de Doha, la violence en moins et la position de Walid Joumblatt en plus. Voyant venir une grave crise interne (il avait été le premier à dénoncer la publication d'un nouveau Der Spiegel), le chef du PSP a préféré retirer son épingle du jeu et, surtout, placer sa communauté dans une position de neutralité positive pour épargner la Montagne et ses habitants, au cas où le scénario d'un nouvel affrontement interne devait se préciser.
Mais en dépit du marasme ambiant, sur fond de soirées estivales enflammées, le scénario de l'affrontement interne n'est pas inéluctable. Le président de la République tente encore de favoriser la formation du gouvernement dans les plus brefs délais, et il devrait tenir un discours prônant l'entente au cours de l'iftar du 1er septembre à Baabda, alors que beaucoup d'espoirs sont placés dans les prochaines rencontres au sommet dans le cadre de la session ordinaire de l'Assemblée générale des Nations unies à la mi-septembre, ou alors au cours de la grande réunion de Riyad, le 23 septembre, à laquelle le roi Abdallah a convié les présidents Obama, Sarkozy, Assad et Sleiman (entre autres), à l'occasion de l'inauguration d'une université islamique en Arabie. En effet, nul ne se fait plus d'illusions : le seul événement de nature à accélérer la formation du gouvernement libanais serait le réchauffement des relations syro-saoudiennes avec l'aval des États-Unis, car il signifierait une pause dans le projet de désarmer le Hezbollah...

