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Culture - Portrait

La nudité faussement innocente de Dave St-Pierre

En moins de cinq ans, le Canadien Dave St-Pierre est en passe de devenir le chorégraphe le plus sollicité du monde. Nu intégral, faussement innocent, pour danser. Au Festival d'Avignon, avec sa troupe, fesses au nez du public et du vent, il vient de piquer non seulement la curiosité, mais aussi de faire un tabac. Lumière sur un parcours hors norme où la crudité a des vertus naturelles...
Dave St-Pierre n'est pas un chanteur de charme qui vient du pays du froid, encore moins un DJ aux mixages étourdissants, un acteur au sourire carnassier ou un designer vestimentaire aux coupes extravagantes... Il s'agit tout simplement d'un chorégraphe et danseur montréalais atteint d'une maladie pulmonaire dont le nom clinique est fibrose kystique. Il trimbale sans complexe ses bonbonnes d'oxygène jusqu'au cœur de la scène où il orchestre mouvements, pirouettes, chute, empoignade, glissade sur sol huilé ou aspergé d'eau et collision... En effet, « chute », « glissade », « empoignade » et « collision » ne sont pas des termes adéquats pour exprimer la grâce, le charme et la technicité de ceux qui nous font rêver par leur éloquence du corps...
Dans sa vulnérabilité et son urgence à vivre, Dave St-Pierre a délibérément opté pour une énergie éruptive, chaos organisé où tout fonctionne sans chichis ni a priori.
Amoureux fou de ce qu'un corps peut faire, Dave St-Pierre aborde la danse dès l'âge de cinq ans, perfectionne les claquettes, collabore à des séries télévisées, fait des études de cinéma et de littérature, écume les compagnies de danse canadiennes et s'impose vite comme un chorégraphe original. Un chorégraphe dont le dire et le sceau, avec nu intégral sans quête d'esthétisme léché, ne sont pas simple provocation mais besoin de communiquer et de parler de la solitude et des relations
humaines.
 Avec le premier volet de sa trilogie, La pornographie des âmes (dont des fragments ont été récemment programmés sur Arte), pour s'entretenir des utopies contemporaines, Dave St-Pierre fait frôler les corps nus des danseurs et des comédiens en des mouvements abrupts, des nervosités électrisées, des gestes de pantins détraqués ou d'hystérie incontrôlable. Spectacle jamais grivois mais cocasse, grinçant,
loufoque.
Un pathétique de la non-communicabilité contemporaine (siècle speedé et révolutionné par les ordinateurs et autres gadgets performants de l'électronique), qui rejoint dans ses délires de mouvements syncopés, entre pitreries et cris, le verbe tranchant et faussement disjoncté, ou les silences éloquents, d'un Ionesco, d'un Albee ou d'un Pinter...
Pour le second volet, Over my dead body (Sur mon cadavre, titre authentique pied de nez pour un vivant en sursis) a les mêmes préoccupations relationnelles où l'amour reste sur des plages de solitude et de désarroi. Dans une atmosphère jouissive et jubilatoire, les « actants » danseurs de Dave St-Pierre, toujours au plus chaud de leur nudité, expérimentent avec le public ces images de choc sans être totalement choquantes.
Pour une quête désespérée mais pleine d'espoir pour l'harmonie du corps et de l'esprit, pour l'épanouissement de l'être, Dave St-Pierre transgresse tous les tabous et plonge, à corps perdu et nu comme la main, dans les ébats les plus fous, les plus ludiques, les plus improbables...
Cet été, les festivaliers d'Avignon, qui en ont certainement déjà vu de toutes les couleurs côté spectacle, n'en revenaient pas encore de son dernier opus, Un peu de tendresse bordel. Des gaillards taillés en Viking, en perruque blonde, qui batifolent, nus comme vers de terre, au milieu d'un essaim de jeunes femmes tout aussi à poil et qui se crêpent le chignon...
Médusés, tétanisés (certains indignés, car il y a partout des jocrisses et des pharisiens), le public et la presse ont réservé un accueil plus que chaleureux à cette bande de joyeux lurons à la nudité native...
Sur cette scène (c'était au Cloître des célestins, à la Cité des papes) aux images certes bouffonnes, il y a de toute évidence, par-delà le masque d'un spectacle hors norme, un émouvant appel, un cri du cœur (et du corps) pour l'amour.
La rage de vivre est omniprésente dans ces corps, ivres de liberté, qui s'entortillent comme dans un dessin de Daumier...Un rien romantique Dave St-Pierre dans cette quête effrénée de la tendresse dans une époque où tout est hypersexualité papier kleenex ? Sans nul doute, car il y a toujours un sentiment qui sommeille au fond de tout cœur...
Ce cri, cette urgence à vivre et cet appel ne sont pas passés inaperçus. Par-delà découverte et curiosité, par-delà moments sulfureux et outrage aux esprits étriqués ou petites natures, Dave St-Pierre, à trente-trois ans, vient de recevoir un des prix les plus prestigieux en Allemagne. On vient de lui décerner le Prix du meilleur espoir au Festival de Wolfsburg.
Vivre, c'est parler et témoigner de la vie dans toutes ses composantes et ses éléments. Avec audace et crudité, et ce sont des vertus ! Dave St-Pierre, à travers le corps, ses secrets, ses défaillances et sa témérité, interroge, tout en faisant participer le public, ses anges et ses démons... 
Dave St-Pierre n'est pas un chanteur de charme qui vient du pays du froid, encore moins un DJ aux mixages étourdissants, un acteur au sourire carnassier ou un designer vestimentaire aux coupes extravagantes... Il s'agit tout simplement d'un chorégraphe et danseur montréalais atteint d'une maladie pulmonaire dont le nom clinique est fibrose kystique. Il trimbale sans complexe ses bonbonnes d'oxygène jusqu'au cœur de la scène où il orchestre mouvements, pirouettes, chute, empoignade, glissade sur sol huilé ou aspergé d'eau et collision... En effet, « chute », « glissade », « empoignade » et « collision » ne sont pas des termes adéquats pour exprimer la grâce, le charme et la...
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