Accueilli en héros à l'aéroport militaire de Maatiga à Tripoli, malgré les critiques de Washington et Londres, M. Megrahi était considéré officiellement par la Libye comme un « otage politique » entre les mains de l'Occident. « Nous considérons que Megrahi est un combattant qui s'est sacrifié pour sa patrie et nous devons le respecter », a déclaré à l'AFP un ancien ambassadeur de Libye à Londres et acteur-clé dans le dossier Megrahi. « Nous sommes contents de son retour (...) et nous considérons que sa libération est un acquis pour la Libye », a-t-il dit.
L'accueil chaleureux réservé à Abdelbasset Megrahi est une « revanche sur l'Occident, qui avait déroulé le tapis rouge pour les infirmières et le médecin bulgares au moment de leur libération en juillet 2007 après huit ans de détention en Libye », estime un journaliste libyen. Les six praticiens étaient condamnés à mort sous l'accusation d'avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens.
Naguère considérée comme un « parrain » du terrorisme international, la Libye est perçue désormais comme un interlocuteur incontournable, notamment pour la lutte contre le terrorisme ou les résolutions des conflits en Afrique où le pays a effectué des investissements massifs. Cette percée diplomatique, Tripoli la doit surtout à son or noir toujours au centre de ses discussions avec l'Occident.
« En faisant miroiter des contrats de plusieurs milliards de dollars, la Libye négocie souvent en position de force, notamment en ces temps de crise », estime un diplomate occidental à Tripoli. Le président de la Confédération helvétique a dû ainsi se plier aux exigences de Tripoli en présentant jeudi ses « excuses pour l'arrestation injustifiée » de Hannibal Kadhafi l'été dernier. La Libye, très agacée de cette arrestation, avait suspendu en octobre 2008, en guise de représailles, les livraisons de pétrole vers la Suisse, retiré des banques helvétiques des avoirs d'un montant estimé à 5 milliards d'euros, mis fin aux programmes de coopération entre les deux pays et imposé des restrictions aux sociétés suisses. Ces excuses ont été qualifiées vendredi d'« humiliation » par la presse suisse qui estime que la Confédération a dû « capituler » devant le leader libyen en reniant l'État de droit.
Après des années de mise à l'écart, le leader libyen, qui préside l'Union africaine, pourrait ainsi fêter tout auréolé de gloire le 40e anniversaire de son arrivée au pouvoir le 1er septembre, avant de se rendre probablement en septembre à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, dont la présidence est assurée aussi par la Libye.


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