Pour illustrer sa pensée, Bernard Khoury a réalisé une boîte lumineuse, véritable fresque intégrant un ensemble d'images, d'où se dégage un « exotisme néo-orientaliste », dit-il en avouant avoir emprunté ces travaux à des amis artistes comme Akram Zaatari, Walid Raad.... Mêlés à des cartes postales-clichés du pays du Cèdre (la montagne, la mer, les jambes d'une femme...), ces extraits composent un assemblage vivant. « Une manière d'exprimer la récupération de notre art de la part de l'Occident, souligne Bernard Khoury. C'est ainsi que les Occidentaux nous regardent. » « Moi-même, poursuit-il, je suis devenu prisonnier de ces fiches d'identité préconçues et réductrices. »
De cette fresque découle un constat vérité, que vient compléter une machine à la forme équivoque. Le pilote de cet objet volant, dont le fuselage noir rappelle à la fois le bombardier américain « Furtif » et le cercueil, symbole de mort, n'est en fait qu'un personnage passif puisqu'il ne fait que recevoir des ordres de l'extérieur. Une projection vidéo explique le fonctionnement du « POW ». Absurde et autodérisoire, le lexique utilisé à cet égard donne lieu à plusieurs grilles de lecture puisque le pilote est amené à ne tourner qu'en rond.
Contre toute aliénation
« C'est une vieille histoire qui se construit », précise Bernard Khoury. L'architecte qui réfute d'être catalogué, fiché, rangé dans une case où il est difficile d'en sortir appelle les maîtres d'œuvres à devenir des acteurs moins passifs sur l'échiquier de l'art. « Depuis quelques années, il me semble que les artistes orientaux sont devenus prisonniers d'une grande machine occidentale, notamment des marchands d'art et des commissaires priseurs. Le thème de la guerre est devenu un passage obligé et, en dépit de l'émergence de talents intéressants issus de différents milieux, notre art n'est défini que par rapport à la situation géopolitique. » Et de poursuivre : « Sans se positionner en inquisiteur ni en donneur de leçons, mais en simple membre faisant partie d'un corps d'artistes et qui tente de faire un éclairage sur la direction qu'a pris cet art oriental. »
Comment sortir de ce blindage dont on est en partie l'auteur ? Comment changer le regard porté sur un art qu'on voudrait certes identitaire, mais évolutif et moderne ? Comment lutter contre le simplisme et ouvrir des brèches permettant une ouverture ultérieure plus grande ? Autant de questions que se pose Bernard Khoury et surtout cet étrange prisonnier de guerre, réelle configuration de techniques modernes installée jusqu'au 3 octobre au Beirut Art Center.

