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Liban - Vie Politique

Harb : Nous prenons le chemin de l’effondrement

Le député Boutros Harb a brossé hier un tableau apocalyptique de la situation institutionnelle du pays au cas où l'unanimisme s'installe au Liban, imputant à l'opposition la responsabilité de cet état de fait. 
« Les Libanais espéraient que les élections législatives, qui se sont déroulées de manière saine et sans contestation, seraient un tournant dans le conflit politique en cours depuis des années », a déclaré M. Harb lors d'une conférence de presse.
« Cependant, la position de la minorité issue du scrutin, qui refuse que la majorité assume la responsabilité du pouvoir ainsi que l'imposent les règles de la démocratie parlementaire, et, d'autre part, la volonté du chef de l'État, en accord avec le Premier ministre désigné, de faire participer l'ensemble des forces politiques au gouvernement, soumettent le processus de formation du cabinet à des difficultés et à des demandes contradictoires, et parfois impossibles et inusitées », a-t-il constaté.
« La scène politique est le théâtre de tiraillements et de manœuvres qui n'ont plus rien à voir avec les aspirations des citoyens. Ces derniers en ont assez des conflits futiles qui paralysent le pouvoir, ils ne veulent plus du renversement des normes qui fait que le privé prévaut actuellement sur le public », a souligné M. Harb.
« La mise en place du pouvoir dépend aujourd'hui de l'attachement d'une fraction à un individu, un parent ou à un portefeuille déterminé. Sans parler du fait que certains en font une question personnelle contre ceux qui s'opposent à la nomination au ministère d'un candidat battu aux élections, alors même que l'encre sur les bulletins de vote n'a pas encore séché », a-t-il dit.
« Ainsi, a-t-il noté, faciliter la formation du gouvernement a maintenant moins d'importance que les sentiments personnels, et les liens personnels et affectifs. »
« Mais ce qui est plus grave encore, a ajouté M. Harb, c'est ce que s'efforcent de suggérer certaines parties qui, pour justifier leur abandon du tiers de blocage, évoquent l'existence d'un accord avec le Premier ministre désigné, aux termes duquel aucun des thèmes fondamentaux définis par l'article 65 de la Constitution ne serait soumis en Conseil des ministres sans accord préalable. »
Rappelons que l'article 65 définit les prérogatives du Conseil des ministres et les mécanismes de prise de décision en son sein. Dans son alinéa 5, il stipule que les décisions sont prises consensuellement, mais qu'en l'absence d'un consensus, on recourt au vote, et les décisions sont prises à la majorité des présents.
L'article définit en outre un certain nombre de thèmes fondamentaux au sujet desquels une majorité des deux tiers des membres du cabinet est requise (amendement de la Constitution, proclamation de l'état d'urgence, déclaration de guerre, traités internationaux, budget de l'État, nomination des fonctionnaires de première catégorie, dissolution de la Chambre, loi électorale, statut personnel, etc.
« La vérité, a poursuivi M. Harb, est que l'accord politique dont il est question aujourd'hui ne va pas au-delà d'une entente sur la poursuite du dialogue au sujet de la stratégie défensive et la recherche d'une vision libanaise commune à ce propos et que, dans l'intervalle, la question ne soit pas posée au vote en Conseil des ministres ».

La paralysie
« En outre, il a été convenu d'œuvrer en vue d'une entente permanente sur les questions essentielles et ordinaires qui se posent en Conseil des ministres, et cela reste conforme à l'article 65. Mais cela ne signifie absolument pas, comme certains veulent le faire croire, qu'en cas de mésentente, ces questions ne doivent plus être soumises aux réunions du Conseil des ministres. »
« Le cas échéant, cela constituerait une violation des dispositions de la Constitution et une neutralisation de cette dernière. Un tel accord ramènerait le pays à la situation de paralysie totale qu'il a connue ces dernières années », a-t-il affirmé.
Pour lui, « un État où chaque partie a un droit de veto contre toute décision que prendraient les autres, un État qui ne peut prendre des décisions qu'à l'unanimité est un État impuissant et faible, incapable de rassurer et de régler les problèmes des gens, ce qui est de nature à pousser ces derniers à s'en éloigner ».
« L'État paralysé est générateur d'explosions politiques et sectaires. Le vide du pouvoir et l'incapacité à trouver des solutions aux problèmes pousseraient chaque fraction à prendre à son compte les affaires de ceux qui en dépendent et inciteraient à la mise en place de pouvoirs alternatifs », a encore souligné M. Harb.
« Tout accord sur le gel ou la neutralisation de l'article 65 de la Constitution, comme de n'importe quel autre article, serait de l'ordre du coup d'État politique et équivaudrait à un amendement de notre système politique. Cela consisterait à instaurer le système de l'unanimisme politique en lieu et place du système convenu à Taëf. »
« Un tel accord anéantirait à coup sûr la Constitution et le système démocratique, mettrait à mort les libertés, protégerait la corruption et éliminerait le contrôle du comportement des tenants du pouvoir, a-t-il averti. Chaque ministre serait alors un petit dictateur au sein de son ministère, protégé par sa communauté, son parti ou sa famille, sans aucun pouvoir en mesure de lui demander des comptes. »
«  Notre problème aujourd'hui est que nous trouvons facile de violer les principes sur lesquels repose notre système politique car nous sommes incapables de régler nos problèmes. Mais l'expérience a montré qu'à chaque fois que nous violons ces principes, le prix que nous payons ultérieurement est supérieur à celui dont nous cherchons à ajourner le paiement », a-t-il dit.
« En violant les principes constitutionnels, nous faisons de chaque formation d'un gouvernement une opération quasi impossible. Si je tire aujourd'hui la sonnette d'alarme, c'est parce que je suis conscient que nous avons emprunté le chemin vers l'effondrement. Arrêtons-nous avant qu'il ne soit trop tard », a lancé le député du Batroun.
« Les Libanais espéraient que les élections législatives, qui se sont déroulées de manière saine et sans contestation, seraient un tournant dans le conflit politique en cours depuis des années », a déclaré M. Harb lors d'une conférence de presse.« Cependant, la position de la minorité issue du scrutin, qui refuse que la majorité assume la responsabilité du pouvoir ainsi que l'imposent les règles de la démocratie parlementaire, et, d'autre part, la volonté du chef de l'État, en accord avec le Premier ministre désigné, de faire participer l'ensemble des forces politiques au gouvernement, soumettent le processus de formation du cabinet à des difficultés et...
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