Mais ce n'est pas le seul problème auquel le sélectionneur des Bleus doit faire face. Voilà déjà un moment que l'attaque française est en panne. Lors des derniers sept matches, l'équipe de France n'a pu marquer que quatre buts, contre des équipes pour la plupart plus que modestes.
Jusqu'aux deux premiers matches de l'Euro 2008, la paire Thuram-Gallas ne se discutait pas en défense centrale. Puis le naufrage face aux Pays-Bas (4-1) a contraint Domenech, en accord avec Thuram, à associer Gallas et Abidal pour le dernier match du premier tour, celui qui scella l'élimination avec une défaite 2-0 contre l'Italie.
Après le championnat d'Europe et la retraite de « Tutu », c'est Mexès, justement adoubé par Thuram, qui fut placé à côté de Gallas, jusqu'à une déroute incroyable 3-1 en Autriche en qualification au Mondial 2010, qui coûta cher au défenseur de l'AS Roma. Les paires Gallas-Abidal puis Boumsong-Abidal ont ensuite été testées au gré des méformes des uns et des blessures de Gallas.
La charnière Gallas-Mexès fit ensuite sa réapparition en amicaux fin 2008-début 2009, avant que Squillaci ne marque des points aux côtés de Gallas lors de la double confrontation contre la Lituanie (deux succès français 1-0). Mais Gallas s'est ensuite gravement blessé début avril. Les versions Squillaci-Escudé et Mexès-Boumsong ont alors été essayées en amicaux.
Incertitude
En cette reprise de la saison internationale et des qualifications au Mondial 2010, Gallas est enfin revenu en forme. Mexès était absent de la liste pour les Féroé car Domenech ne voulait pas trop prendre de défenseurs. Le jour de l'annonce du groupe, le technicien s'était en revanche montré élogieux pour Squillaci : « Il fait partie de ceux qui s'accrochent, qui montrent quelque chose, c'est important d'avoir des certitudes. »
Mais c'est pourtant son équipier à Séville, Escudé, qui a été associé à Gallas mercredi aux Féroé. Difficile de cultiver les automatismes. Difficile aussi de deviner qui composera ce verrou défensif contre la Roumanie (5 septembre au Stade de France) et en Serbie (9 septembre).
La même incertitude règne désormais pour les portiers. Depuis l'Euro, les buts avaient été confiés à Steve Mandanda, aux dépens des « anciens » Mickaël Landreau et Sébastien Frey, pour succéder à Grégory Coupet rattrapé par l'âge, un Euro sans éclat et un choix peu judicieux avec un transfert à l'Atletico Madrid, où il ne fut que doublure (il est arrivé cet été au Paris SG).
Statut et pression
Mais le jeune gardien de l'OM (24 ans) a encaissé 12 buts en 10 sélections, incapable d'être aussi rayonnant en sélection qu'en club.
Mercredi, Domenech a propulsé le numéro 2, Hugo Lloris, 22 ans, dans les buts aux Féroé. Pour sa 3e sélection, mais sa 1re en compétition, le gardien de l'OL est apparu fébrile, supportant mal la pression de ce nouveau statut, alors que l'adversaire n'était pas un grand d'Europe. « Ce n'était pas évident à gérer pour moi, mais je m'attendais à ce genre de matches », a commenté l'intéressé.
Le sélectionneur s'est défendu d'avoir entamé un nouveau cycle de gardiens, assurant avoir fait un choix ponctuel. « Lloris et Mandanda ont toujours été à égalité, c'est pour ça que c'est délicat de choisir, a confié Domenech. J'ai quinze jours, trois semaines pour faire un bilan, voir comment ils réagissent. »
Il faudra bien trancher, car dans trois semaines, deux morceaux de choix, la Roumanie et la Serbie, seront en face des Bleus pour un tournant des qualifications au Mondial 2010.
La France en panne d'attaque
La victoire étriquée de l'équipe de France mercredi aux Îles Féroé (1-0) a jeté une lumière crue sur les insuffisances et l'inefficacité chroniques de l'attaque bleue, un phénomène inquiétant avant les deux rencontres cruciales de septembre contre la Roumanie et la Serbie.
Le constat n'est pas nouveau, mais l'incapacité des troupes de Raymond Domenech à malmener la défense des amateurs féringiens a renforcé les angoisses à un peu plus de trois semaines des rendez-vous décisifs pour la qualification au Mondial 2010.
La statistique fait peur mais résume bien l'ampleur du problème : la France n'a pas marqué plus d'un but par match lors de ses sept dernières sorties (4 buts inscrits au total), sans avoir affronté de grosses cylindrées sur le plan international, hormis l'Argentine qui l'avait corrigée à Marseille en février (2-0).
Le mal est donc profond et l'absence sur blessure du buteur historique des Bleus, Thierry Henry (48 buts en 111 sélections), ne peut pas être une excuse valable.
Le sélectionneur peut en effet compter sur Nicolas Anelka (meilleur canonnier en Angleterre en 2008-09), Karim Benzema, transféré au Real Madrid à seulement 21 ans, et André-Pierre Gignac, rois des buteurs en L1 et sauveur des Bleus aux Féroé, sans compter des pourvoyeurs de ballons de la classe de Franck Ribéry ou Yoann Gourcuff.
Mais malgré la présence de tant de talents offensifs, la France peine à produire un jeu séduisant et efficace.
Le système en question
Raymond Domenech a lui-même déploré mercredi les carences dans la « conclusion, la concrétisation des occasions ». Des défauts qui pourraient se révéler fatals contre les Roumains et les Serbes, d'un tout autre calibre que les Féroé.
« Quand on fait le ratio occasions/buts, c'est très peu, a de son côté analysé Florent Malouda. On a très peu de marges et on en aura très peu d'ici à la fin des éliminatoires. »
Quelles peuvent être les solutions pour les Bleus en septembre ? Les retours probables de Ribéry (utilisé en fin de match aux Féroé) et Henry devraient donner plus de consistance à l'attaque française et Benzema, qui aura débuté le championnat d'Espagne avec le Real Madrid, sera également opérationnel. Mais cela ne résoudra pas la question du système à mettre en place.
Mercredi, Domenech n'a pas voulu toucher à son schéma fétiche, le 4-2-3-1, pourtant peu efficace face à une défense regroupée. Il y a deux ans au même endroit, le sélectionneur avait « osé » bouleverser sa tactique et avait opté pour un 4-4-2 avec un milieu en losange. Résultat : la France avait écrasé les Féroé 6-0.
Au-delà de ce choix d'importance pour l'animation du jeu, le sélectionneur devra aussi dégager une hiérarchie claire dans le secteur offensif et surtout stabiliser ses joueurs à des postes bien définis. Henry et Benzema sont-ils à ses yeux des attaquants de pointe ou des milieux gauches ? Ribéry doit-il être fixé à gauche ? Que faire d'Anelka, visiblement peu à l'aise sur le côté droit ?
Autant de questions qui devront avoir été résolues avant le 5 septembre et la réception de la Roumanie.

