Avide de perfection, le jeune Khalifé, ouvert à tout dialogue artistique et à tous les styles, voue un respect pour les œuvres des autres tant qu'elles ne sont pas entachées de superficialité. «Jouer sur une image, tricher ou accepter un compromis sur l'art sont des attitudes que je n'admets pas.» Et de poursuivre: «Il suffit d'avoir confiance en soi et de faire passer son message avec autorité pour convaincre le public, même si le langage est différent.»
Mais quelles sont les limites que s'est imposé Rami Khalifé durant tout son parcours? «Il est évident que pour accéder à une certaine liberté, il faut avoir suivi les règles académiques de l'art afin de mieux s'affranchir et savoir se diriger.» Ce n'est pas étonnant de la part d'un garçon qui semble être tombé dans la marmite de la musique depuis son jeune âge.
Un parcours riche
Après avoir quitté le Liban à l'âge de sept ans, Rami Khalifé reprendra ses études musicales en France. Dix ans plus tard, il obtient le premier prix de piano. Il parachève son entraînement auprès de Abdel Rahman el-Bacha. En 2000, Khalifé poursuit ses études supérieures à la Julliard School of Music à New York et obtient son diplôme en 2003. Il a pour professeurs le pianiste hongrois Gyorgy Sandor, Bruce Brubaker et Joel Sachs. Son ouverture d'esprit le pousse vers le monde du jazz où il swingue sans difficultés. S'il est souvent sur les routes accompagnant son père Marcel Khalifé dans ses tournées mondiales, il prend le temps de fonder des groupes et de jouer dans les clubs de jazz parisiens. Avec Francesco Schlimé, l'artiste donnera plusieurs concerts improvisés pour deux pianos qu'ils présenteront dans différents pays. De Barcelone en Allemagne, en passant par le Liban et le Luxembourg, Rami Khalifé est infatigable. Curieux de tout ce qui l'entoure, il n'arrête pas d'arpenter le monde tout en collaborant avec des artistes de milieux différents et expérimentant de nouvelles musiques. Il en composera d'ailleurs certaines pour des films. «Je suis comme un caméléon qui s'adapte à tout et qui s'infiltre dans les interstices de la musique, avoue-t-il. Tout m'inspire. Je puise dans mon vécu toute rencontre, image et impression recueillie pour les traduire en
sensations.»
Humaniste et apolitique, le jeune musicien a réussi à se démarquer de son père et à tracer son propre chemin. Chaos (comprenant plusieurs parties, dont la naissance, la destruction et la renaissance) est l'expression personnelle de la guerre de 2006. «Même si mon frère Bachar a contribué au projet en croquant des dessins pour la pochette de l'album et qui seront d'ailleurs exposés au théâtre Babel, ce projet, je l'ai travaillé et recorrigé tout seul», dit Khalifé. En attendant qu'il soit réécrit ultérieurement pour orchestre et piano, le musicien sera seul sur scène. «Tout ce que je désire, c'est m'associer à ceux qui veulent défendre les causes justes.»
Ce soir et pour les deux autres soirées, en totale fusion avec son piano, qu'il voudrait criant, accessible et humain, Rami Khalifé prête sa musique à ces milliers de voix qui défendent en silence les droits des hommes.

