Deux camions piégés, garés à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, ont ravagé à une minute d'intervalle au petit matin le village de Khaznah, à 20 km à l'est de Mossoul, faisant 28 tués et 155 blessés, selon un responsable du ministère de la Santé de la province de Ninive. « Comme il n'y a pas d'électricité et à cause de la chaleur, je dormais sur le toit. Je me suis réveillé en sursaut car j'ai cru à un tremblement de terre. Il y avait de la fumée et de la poussière partout », a raconté Mohammad Kazem, 37 ans. « Une minute plus tard, il y a eu une seconde explosion qui m'a projeté jusqu'au sol », a-t-il ajouté. Infirmier de 23 ans, Falah Reza est le seul survivant d'une famille de 12 personnes. « Je venais de finir ma prière et j'essayais de dormir quand la première explosion a tout ravagé dans ma maison. Puis il y a eu la seconde. J'ai cru que c'était la fin du monde », a raconté Assaad Salem, un habitant du quartier.
Trente-cinq maisons ont été détruites dans cette localité prospère où vivent 3 500 Chabaks, en majorité des commerçants et des agriculteurs. Cette secte kurdophone d'environ 30 000 personnes est dispersée dans 35 villages de la province de Ninive et une majorité réclame son rattachement à la région autonome du Kurdistan. Elle parle le chabaki, un mélange de turc, de persan et d'arabe. Sa croyance est un syncrétisme entre l'islam chiite et des croyances locales. Persécutés sous Saddam Hussein car ils étaient kurdes, ils ont été, après l'invasion conduite par les États-Unis en 2003, la cible à plusieurs reprises d'el-Qaëda.
Quelques heures plus tard, des hommes armés ont tué par balles deux policiers dans deux attaques à Mossoul, selon une source policière.
À Bagdad, trois attentats ont eu lieu dans la matinée, dont deux visaient des journaliers rassemblés en quête de travail. Le premier attentat causé par une bombe cachée dans un sac de ciment à Hay al-Amel, dans l'ouest de la ville, a fait sept tués et 46 blessés, selon des sources des ministères de l'Intérieur et de la Défense. À Chourta Arbaa, dans le Nord, une voiture piégée a causé la mort de neuf personnes et fait 36 blessés, selon les mêmes sources. La troisième attaque a eu lieu sur un marché de Sayadiya, un quartier à majorité sunnite du sud-est de Bagdad. Une bombe placée sur la chaussée a fait trois tués et 14 blessés.
« La traque continuera, et si Dieu le veut, nous allons éliminer tous ces corrompus qui tuent les Irakiens de sang-froid », a déclaré le Premier ministre Nouri Maliki hier lors d'une conférence d'officiers à Bagdad. « Je vous félicite pour vos efforts, votre détermination et votre volonté d'user de tous les moyens à votre disposition, et spécialement le renseignement, pour traquer les terroristes », a-t-il ajouté à l'adresse des officiers.
Vendredi, plus de 45 personnes avaient été tuées et 300 blessées dans une série d'attentats, la plupart contre la communauté chiite. La violence qui a pris son essor en Irak en 2004 a revêtu un caractère confessionnel entre sunnites et chiites après l'attentat en février 2006 qui a détruit partiellement un mausolée révéré par les chiites dans la ville sunnite de Samarra, au nord de Bagdad. La situation a empiré jusqu'à la fin de 2007. Une éclaircie a alors commencé après les revers très importants d'el-Qaëda dans les régions sunnites et l'Armée du mehdi du chef radical Moqtada Sadr dans les régions chiites. Les forces américaines se sont retirées à la fin juin des villes irakiennes, dans le cadre de l'accord de sécurité conclu en novembre avec Bagdad.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef