Pour le ministère des Transports, cette reprise des trajets Jounieh-Larnaka constitue avant tout un premier pas avant la mise en place d'un vaste projet d'expansion du port de Jounieh. Estimé à 35 millions de dollars, ce projet a pour objectif de pouvoir accueillir dans le port des bateaux d'un peu plus de 200 mètres de long pouvant transporter au moins deux mille passagers. Jusqu'ici, seuls des bateaux de moins de 40 mètres de long pouvaient mouiller l'encre. « Si de grandes compagnies touristiques font escale à Jounieh, cela redonnera un nouveau souffle à toute l'économie de la région : Jounieh, mais aussi Harissa, Jeïta et même jusqu'à Jbeil », estime Juan Hobeiche, président de la municipalité de Jounieh.
Le projet d'extension pourrait voir le jour dès l'automne, selon Fady Nasr, vice-président du comité de développement du Kesrouan. Mais il a mis de longues années avant de s'imposer auprès des décideurs politiques.
Un projet semé d'embûches
Développé dans les années 60 sous l'impulsion de Fouad Chéhab, lui-même originaire de la région, le port de Jounieh était divisé en trois parties : port de pêche, port militaire et port pour les yachts privés. Avec le déclenchement de la guerre civile, il a rapidement pris une toute autre dimension. L'aéroport de Beyrouth étant fermé et le port de la capitale étant situé trop près de la ligne de démarcation, c'est via Jounieh qu'ont transité toutes les marchandises et que se sont effectués les transports de passagers (par les fameuses compagnies Sea Empress ou Sunny Boat). À l'époque, ce sont les Forces libanaises qui géraient le fonctionnement du port. Mais à la fin de la guerre civile, le port, qui a aussi servi au trafic d'armes et de drogue, a été déclaré « illégal » et ne pouvait plus desservir Chypre. Il était notamment jugé peu sécurisé, car à proximité d'un port militaire. Solidere, qui entre-temps a pris en main la construction du centre-ville prévoyait en outre de transformer une partie du port de Beyrouth en port touristique, ce qui semblait condamner de facto Jounieh.
Dans les années 90, c'est d'abord le ministre Georges Frem qui milite pour la réouverture du port de Jounieh à des fins touristiques. Puis à partir de 2002, c'est le comité de développement du Kesrouan qui va tenter de faire avancer le dossier. Son président, Georges Abou Maachar, arrive à obtenir du général Michel Sleiman, alors commandant en chef de l'armée, des documents certifiant que la proximité d'un port militaire n'est pas dangereuse pour la réouverture du port à des fins touristiques. « Le général Sleiman sera un soutien permanent au projet de réouverture du port de Jounieh », explique Fady Nasr, vice-président du comité de développement du Kesrouan. L'idée d'une réouverture du port commence alors à faire son chemin auprès des ministres des Transports successifs. En juin 2007, la société italienne Progretti e Ambiante réalise une étude sur les courants marins dans la baie de Jounieh. « Elle démontre que le port de Jounieh est l'un des plus sécurisés sur tout le côté est du bassin méditerranéen », explique Fady Nasr.
Un financement qui reste à trouver
Sur la base de ces données, le ministère des Transports lance lui-même différentes études. Le projet d'élargissement actuellement encore à l'examen consiste à construire un pont sur pilotis, puis une longue jetée de 150 mètres de long entourée de superstructures en béton armé, à côté de l'actuel petit port de pêche, explique Juan Hobeiche. C'est au bout de cette grande digue que les grands bateaux pourront stationner. Car la priorité de l'extension est bien de placer Jounieh sur le trajet des grandes compagnies touristiques. C'est le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) qui a été chargé d'établir le cahier des charges pour le projet d'élargissement.
« Il reste la question essentielle du financement, avant de pouvoir aller plus avant dans le projet », tempère cependant le directeur du ministère des Transports Abdel Hafez el-Kaïssi. Car ce ministère ne peut à lui seul financer le projet. « Des contacts avaient été pris avec le Qatar et le Koweït avant la période électorale, mais comme la question du financement du projet risquait d'être politisée avec les élections, elle a été repoussée », soutient Fady Nasr. Au dire de sources autorisées, le président de la République mènerait actuellement des contacts avec les parties concernées afin d'obtenir un financement dans les plus brefs délais.


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